Critiques

Nightmare Alley : L’arnaqueur arnaqué

Par Sophie Chomel

 

Découvrons ensemble le tout nouveau "Nightmare Alley", signé Guillermo Del Toro. Le célèbre réalisateur revient en salle avec une distribution non moins célèbre.  sortie en salle ce mercredi. Pour un thriller voulant s'inspirer des films noir.

"Nightmare Alley" est une adaptation du roman éponyme de William Lindsay Gresham et un remake d’une première version datant de 1947. Cette fois-ci le fantastique n’est pas au rendez-vous. Il laisse place au spiritisme et à un univers toujours aussi sombre.

Le couloir du cauchemar

Comme son nom l’indique, "Nightmare Alley" traite d’une descente cauchemardesque d’un protagoniste doucement après son temps de gloire. Ainsi, le titre est annonciateur. Au fur et à mesure du film, le titre prend tout son sens. Shanton Carlisle, à la fois perdu et à la recherche d’un nouveau départ, se retrouve dans une fête foraine des années 40. C’est pour lui une opportunité d’y travailler quelque temps et d’en apprendre les caractéristiques même du métier de magicien, médium.

L’ascension du personnage est traitée sur toute la durée du film d’une façon lente, mais tout à fait justifiée. De ce fait, chaque élément constitutif de l’intrigue est expliqué subtilement et de façon directe. Ainsi, le spectateur n’est-il pas en quête de compréhension ou d’explication puisque tout lui est à porter de main. Ce couloir est donc illustré par une ambiance traduite par l’utilisation d’une photographie sombre, teintée de couleurs grises, marron. L’atmosphère de "Nightmare Alley" apparaît donc sous une forme triste, sinistre, et téméraire.

critique-nightmare-alley1
Cate Blanchett et Bradley Cooper - Copyright Kerry Hayes/2021 20th Century Studios All Rights Reserved
Une boucle narrative singulière

Bien que "Nightmare Alley" ne nous surprenne point par son scénario, à la fois simple et prévisible, le film repose sur une symbolique réussie. Effectivement, dès la première séquence de "Nightmare Alley", le public peut se douter du destin réservé au personnage principal du récit. Puisque la fin reprend le principe du début. En effet, la première partie du film met un important accent sur l’inhumanité des êtres de basse société, manipulant des sans-abri par l’utilisation d’alcool afin d’arriver à leur fin. Cette fin en soi fait de ses êtres pauvres des bêtes de foires, pour divertir les spectateurs. Ils sont contraints de réaliser des actes violents et inhumains.

Un personnage en particulier (joué par le talentueux Willem Dafoe) incarne la cruauté puisqu’il est le responsable de l’attraction violente. Toutes les paroles qu’il évoquera à Shanton sont en réalité le « funeste destin » qu’il l’attend. De ce fait, une comparaison est visible entre l’alcoolique enfermé et Shanton lui-même qui finit par le devenir.

De plus, un autre élément peut justifier la prédiction. D’importants zooms sur un bébé mort conservé dans un bocal. L’accent est porté dessus à de maintes reprises et fait office de protagoniste. En effet, c’est une métaphore quant à la monstruosité de Shanton, en devenir ou tout simplement quant à sa réelle nature qu’il tente bien que mal de cacher.

critique-nightmare-alley4
Copyright Kerry Hayes/2021 20th Century Studios All Rights Reserved
La quête du succès

"Nightmare Alley" est structuré en deux parties. La première met en avant les éléments constitutifs de l’intrigue même du film. Par ici, il est question de la présentation de l’environnement dans lequel tout commence : le cirque ou l’incitation au mentalisme; une proximité au monde des forains. Le personnage évolue et cherche à en apprendre davantage sur le métier. Il vole un cahier informatif des spectacles de mentalisme.

Une deuxième partie qui abrège la première et ouvre l’intrigue quelques années plus tard. Le personnage applique donc les tours du cahier et est, cette fois-ci, évolue au sein de la haute société. Pour obtenir le succès, Shanon devient un véritable arnaqueur. Il entre dans un jeu de manipulation avec une psychologue du nom de Lilith incarné par Cate Blanchett. Le duo Cooper et Blanchett fonctionne à merveille. A eux deux, il retourne le système et manipule des figures importantes. C’est alors que l’avidité prend le dessus. Le pouvoir et la richesse prennent le contrôle sur le personnage et le conduisent pas à pas dans sa propre fatalité autrement dit dans son propre mensonge.

Un thriller psychologique avant tout

Avec "Nightmare Alley", Del Toro, à notre grande surprise, met en œuvre un film psychologique sans la moindre once de fantastique. Toute utilisation pouvant apparaître comme surnaturel est en réalité bien réelle. Il ne s’agit que d’illusions et de symbolisme. En effet, dans "Nightmare Alley", un mystère s’évapore au fur et à mesure. Le spectateur est emporté dans un terrain vague ou tout est incertain et à la fois très sûr. Il ne sait point où il pose ses pieds.

Bien que la mise en exergue psychologique soit maîtrisée, le réalisateur n’a pas recours à un film classique. Il demeure sur des bases traditionnelles du thriller, et ne sort pas véritablement du lot, mais son style y est à nouveau visible. "Nightmare Alley" est ainsi, en apparence, un thriller psychologique aussi subtil que basique, mais doté d’une maîtrise artistique qui est à souligner.

>
Tous nos contenus sur "Nightmare Alley"

Toutes les critiques de "Sophie Chomel"

ça peut vous interesser

The Northman : L’abdication d’une larme

Rédaction

Doctor Strange in the Multiverse of Madness : D’un monde à l’autre

Rédaction

West Side Story : Concours Bluray

Rédaction