Critiques

Nightmare Alley : Le film noir vu par Guillermo Del Toro

Par Alexia Graziani

Le maître du fantastique, en la personne de Guillermo del Toro, débute l’année 2022 avec "Nightmare Alley". Voici sa première incursion dans l’univers du film noir. Un très grand pas de côté plutôt réussi.

Pour son nouveau film, le réalisateur mexicain nous propose une galerie de portraits à la fois sombres et sublimes. Des femmes fortes croisent des hommes en perpétuelle souffrance. Le tout incarné par un casting de premier ordre même pour de courtes apparitions, à l’instar de William Dafoe ou encore Ron Perlman. On doit cette magnifique galerie a un travail complet sur les personnages et à une importance donnée aux backstories. Point d’honneur pour le réalisateur, il souhaite que ces personnages soient riches dès la minute où ils apparaissent à l’écran, même si beaucoup ne mentionnent jamais explicitement qui ils sont, ce qui les motivent et quelle est leur histoire.

Une femme fatale très contemporaine

Malgré cette panoplie de portraits, il en reste un qui captive, la mystérieuse psychiatre Lilith Ritther. Pure incarnation de la femme fatale des films noirs, elle réussit tout de même à s’en écarter pour dépoussiérer cette figure mythique du cinéma. Contrairement à ses ancêtres, elle n’est pas là pour séduire et piéger le héros malchanceux. Ici ce n’est pas le héros qu’elle veut mettre à mal, mais le système tout entier. Elle devient ainsi porte-parole de toutes ces femmes dénigrées, infériorisées par un système patriarcal. Cette réactualisation très contemporaine de la femme fatale est très intelligente même si pas elle n’est pas perceptible au premier abord. Voilà un bon point pour Del Toro.

De plus, il faut aussi reconnaître au maître du fantastique sa maîtrise du film noir et de ces codes. Il ne s’en cache pas, de nombreux films des années 40 et 50 l’ont inspiré pour "Nightmare Alley". On sent la copie parfaite. Néanmoins, il en reste quand même de la patte du réalisateur que l’on remarque par la similitude en termes d’esthétiques avec ces films précédents. Même directeur de la photographie et même directeur artistique que pour "Crimson Peak". Il est donc normal de retrouver cette ambiance à la fois gothique et romantique dans certains plans. Enfin, si l’on devait juste relever un point négatif au film, ce serait un scénario un brin lent. Mais, tout de fois bien ficelé. On est proche du 20/20 !

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