21 janvier 2022
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Nightmare Alley : Sinueux et retors

Par Stanislas Claude

"Nightmare Alley", le nouveau film du génial Guillermo del Toro, se sera fait attendre. 5 ans déjà depuis le multi-oscarisé "La Forme de l’Eau". Le réalisateur mexicain adapte l’ouvrage de William Lindsay Gresham (sorti en 1946 et déjà adapté en 1947 par Edmund Goulding, sous le titre "Le Charlatan", pour une œuvre entre noir profond et lumières brillantes).

Le film est encore très long, 150 minutes, pour présenter le parcours erratique d’un escroc décidé à percer dans le monde des fêtes foraines puis au-delà peu avant la seconde guerre mondiale. Un casting 3 étoiles habite ce film tortueux à l’intrigue à tiroirs, mieux vaut ne pas baisser la garde !à l’âge de 17 ans.

Un hommage à Méliès et Indiana Jones

Dès les premières images, impossible de ne pas penser à ces 2 illustres personnages de cinéma. L’univers fantasmagorique de la fête foraine promet la Lune à l’aide de bouts de ficelles et de tours de passe-passe bien loin du surnaturel. Les badauds ont envie d’être surpris. Ils abandonnent toute raison pour se laisser mener par le bout du nez. Quand Stan (interprété par le toujours impeccable Bradley Cooper) débarque au sein d’un carnaval ambulant, sa dégaine et son chapeau rappellent immanquablement le personnage porté par Harrison Ford. Jusqu’à se demander si Bradley ne pourrait pas reprendre le flambeau un jour.

Véritable fil rouge de l’histoire, ce personnage mène sa barque, connait le succès, mais finit par s’écraser. Car le spectateur se rend rapidement compte de son caractère d’escroc et de magouilleur sans scrupules. Il croise 3 femmes qui vont le guider, l’accompagner et finalement le trahir à travers les traits de Toni Colette, Rooney Mara et Cate Blanchett (qui sont respectivement fausse médium, actrice de fête foraine et psychologue elle-même arnaqueuse).

Un univers sombre et obscur

L’angélisme n’a pas sa place dans la ruelle du cauchemar de Del Toro. Les personnages qui laissent espérer une rédemption ou une échappatoire ne sont jamais dénués de cynisme, quitte à rouler leurs proches dans la boue. L’histoire de Stan débute sur un mystère et ce qui ressemble à un meurtre pour inévitablement conduire à sa perte. Lorsqu’il devient mentaliste, son ambition va le dévorer et le faire revenir à la case départ, voire pire du fait d’un aveuglement coupable et criminel. Le personnage n’a aucune limite et le cauchemar est le sien, bien éveillé et inévitable.

Des acteurs renommés jonchent son parcours, notamment un Willem Dafoe toujours aussi palpitant; un Ron Perlman égal à lui-même; tout comme Richard Jenkins. Le personnage de Zeena, joué par Toni Colette, multiplie les avertissements, tentant en vain de lui faire quitter son côté sombre, en pure perte, tandis que Molly (Rooney Mara) est aussi désenchantée que lucide sur cette relation toxique avec Stan. Les fêtes foraines ressemblent à des antichambres de l’enfer comparées aux villes brillantes et rutilantes. Stan veut passer des premières aux secondes, mais comme Icare, il va se brûler les ailes.

Del Toro aime évoquer ces destins sordides qui brisent d’autres destins pour assouvir leur envie d’ascension sociale ou politique. "Nightmare Alley" ne fait pas exception pour un film boudé par le public américain, mais qui pourrait bien rencontrer plus de succès auprès du public européen fasciné par cette déchéance complexe..

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