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Nine : Miracle !

Il était présent dès le départ, cet amour rageur pour le "Huit et demi" de Fellini, donnant envie à sa horde d'admirateurs de se battre contre le montage d'un remake appelé "Nine" comme une lionne défendrait ses petits. Mais Rob Marshall est parvenu à monter le projet sur la foi de succès passés et d'un scénario cosigné par feu Anthony Minghella... Dès lors, il y avait tout lieu de s'attendre à une mascarade musicale de la trempe de l'exécrable "Chicago" doublée d'une reconstitution vaseuse du niveau de celle de Mémoires d'une geisha. Résultat : oui, c'est un peu le cas. Et non, c'est autre chose.

De chansons inaudibles en carences d'interprétation, "Nine" est pétri de défauts, c'est indéniable. Mais, ô surprise, c'est un vrai film de cinéma, avec un coeur et des tripes, une mise en scène qui ose quitte à se prendre parfois les pieds dans le tapis, et une envie dévorante de croquer la désorientation spatiale et temporelle de ce Guido Contini, cinéaste génial mais à court d'idées, envahi par toutes les femmes de sa vie (merci les L5) au moment même où il avait le moins besoin d'un embrouillamini affectif. Fellini faisait cela avec une maestria évidente, dans une autobiographie romancée et onirique aussi désarçonnante que chaleureuse.

Artisan d'Hollywood, Marshall met l'incohérence de son style au service de cette histoire d'un type justement pas cohérent, qui navigue entre diverses images de la femme comme pour tenter de trouver enfin son idéal féminin. De la vulgarité de Fergie à l'exubérance de Penélope Cruz en passant par l'indifférence mal contenue de Marion Cotillard, les interprètes sont dans l'excès, dans l'archétype, mais c'était là la meilleure façon de rendre compte de la misogynie galopante qui anime Contini. Misogynie qui nourrit paradoxalement la fascination du personnage pour les femmes.

Couleur, noir et blanc, mobilité et calme plat : le style de "Nine" est difficile à analyser parce que finalement assez foutraque, ce que n'aurait peut-être pas renié Fellini. Voilà un film un peu malade, qui tente de faire comme s'il se coulait dans le moule hollywoodien - notamment de par ce casting riche en stars - alors qu'il est perpétuellement à côté.

Truffé de plans géniaux sans doute piqués ailleurs, animé par une gueule de bois permanente, "Nine" est une sorte de miracle sur pattes, un film totalement exaspérant sur certains plans mais tellement fêlé qu'il en devient délectable. À l'image de la prestation de Daniel Day-Lewis, une nouvelle fois génial, faisant preuve d'une classe désabusée qui ne peut que rendre envieux.

Auteur :Thomas Messias
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