22 septembre 2021
Critiques

Nobody : N’est pas John Wick qui veut

Par François Bour

 

John Wick par ci John Wick par là, Nobody n’était même pas arrivé dans les salles de cinéma qu’il était annoncé comme le nouveau John Wick. Une référence qui a un poids certain. Il faut dire que la comparaison est inévitable. Nobody est, en effet, écrit par Derek Kolstad (John Wick) et produit par David Leitch (John Wick, Deadpool 2, Atomic Blonde). Des références qui mettent, excusez du peu, la barre haute. Trop peut être…

Hutch Mansell n’a pas de chien mais une famille. Et lorsque deux cambrioleurs s’en prennent à ses proches, l’animal qui sommeil en lui va se réveiller. « Hutch est quelqu’un qui enchaîne les mauvais choix et ceux-ci vont le conduire sur la voie de la violence, il ne peut y échapper. C’est une sorte de James Bond, mis de force à la retraite à l'âge de 30 ans, qui doit reprendre une vie normale”. C’est bien sûr impossible quand vous avez vécu une vie pleine de violence comme cela. Comment redevenir “normal” après avoir passé votre vie à tuer des gens ? Comment redevenir un “nobody” ? ». Dixit Ilya Naishuller, le réalisateur russe aux commandes de ce film d’action. Face à cette présentation, les ressemblances entre Hutch et John ne sont pas aussi nombreuses qu’on pourrait le croire.

Nobody se fait attendre

A vrai dire, la référence répétée à John Wick ne rend pas service à Nobody. Il y a bien là deux films d’action qui ont un personnage éponyme comme élément principal du scénario. La violence est, elle aussi, un autre point commun. Mais ça s’arrête là. Les deux personnages, les deux acteurs, les deux mises en scènes, sont bien différents. Hutch Mansell n’est pas contraint à la violence, il la provoque. Le père de famille ne cherche pas la vengeance, il cherche à évacuer sa frustration. Une frustration qui est illustrée à l’image d’ailleurs, par la mise en image d’une routine quotidienne.

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Bob Odenkirk - Copyright 2021 Universal Studios. All Rights Reserved.

Tout cela va exploser, le spectateur le sait et le réalisateur prend un peu trop son temps pour révéler la vrai nature de son personnage. Là où John Wick entrait rapidement dans le vif du sujet, Nobody se fait attendre. Et que dire de l’enchainement des rebondissements. Un surenchère de violence initiée par un acte gratuit. Le passage à tabac d’une groupe de « bad boys ». Heureusement que le hasard fait bien les choses à Hollywood et que l’un de ses boys est le frères d’un oligarque de la mafia russe.

La référence est inévitable

Dans le feu de l’action, il faudrait être difficile pour ne pas apprécier ce qui se passe à l’écran. La promesse du film d’action à base de bagarres et de fusillades est tenue. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque c’est le responsable des combats de John Wick et Atomic Blonde qui reprend du service. Toujours dans les moments chauds, il faut souligner la mise en scène lisible et la crédibilité de Bob Odenkirk à donner des coups. Cela dit, une fois encore, c’est par la comparaison que le bas blesse. Par son personnage ou son interprétation, Keanu Reeves parvient à rester humain et vulnérable là ou Bob Odenkirk parait insensible. Il faut dire que son personnage est présenté comme un exterminateur précédé d’une réputation qui fait fuir ceux qui la connaisse.

Il est difficile de considérer la comparaison avec John Wick comme un simple argument marketing. A l’écriture, à la production et dans les combats, l’empreinte de l’homme au costard est bien présente. Nobody est un bon film d’action mais ce n’est pas l’ambition ou la promesse annoncée. En tant que « John Wick movie », s’il faut considérer comme tel, le long métrage n’arrive pas à la hauteur de la référence. La faute à un manque de profondeur du scénario qui prône la violence de son personnage principal en lui accordant peu de profondeur. Hutch Mansell n’a pas l’aura de John Wick, tout comme Bob Odenkirk n’a pas le charisme de Keanu Reeves. Au final, Nobody est juste un mec qui fait le ménage pour des agences gouvernementales. Il y a les hommes de ménage d’un coté et ceux qui portent le costard avec classe de l’autre.

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