29 novembre 2021
Critiques

Nocturama : La nouvelle pique de Bertrand Bonello

Après son sulfureux biopic, "Saint-Laurent", Bertrand Bonello récidive avec "Nocturama" dans la provocation et la controverse. Ou comment une bande de gamins blasés veulent faire sauter la belle Paname et ses idéaux qui vont de paire. Triste constat mais qui saute aux yeux : les nombreux attentats (hors et en Hexagone) ont créé émulation et curiosité chez les réalisateurs. Si nombre d'entre eux décrivent la traversée djihadiste d'un héro désillusionné, Bertrand Bonello tâte la sujet à contre-pied. Celui qui prétend travailler le dossier depuis des années (six ans, au moins) choisi pour incarner ses justiciers kamikazes une bande jeunes, parfois encore pré pubères. Ces gosses représentent la France d'aujourd'hui, multiple, cosmopolite, unie. Du fils à papa convoitant l'ENA à la beurette typique de Saint-Denis, Bonello propose une justice league pour le moins hétéroclite qui, hélas, n'est pas immunisée de quelques clichés.

Terrorisme façon Sofia Coppola

Pour ce nouveau métrage estival, Bertrand Bonello puise dans les vieux tiroirs. Ainsi, le style « nouveau roman »/ « nouvelle vague » domine la première partie du film. Nulle place à de longues scènes d'exposition, "Nocturama" (distribué par Ad Vitam) commence en action avec des bambins, parcourant Paris en métro et à pieds, afin de repérer les lieux où les bombes seront posées. De préférence, caméra de dos, effet Darren Aronofsky assuré. Pourquoi font-ils cela ? Nous n'en saurons rien ou presque. Ce qui intéresse Bonello ici est le « comment » et non le « pourquoi ». De sorte qu'aucune scène, dialogue ou astuce de montage ne nous aide à comprendre psychologiquement les protagonistes. Bien vite, on y interprète là une dénonciation du capitalisme, de la crise, de la surpuissance médiatique des politiques de notre beau pays. Alors comme ça, pour lutter contre le chômage on fait sauter l'Elysée ? Le scénario, relativement léger, avait de quoi tout faire capoter. Il n'en sera pourtant rien.

Car cette brochette de super-héros blasés est tant la force que la faiblesse de ce thriller d'émancipation. Alors que les uns méprisent la haute et sa richesse, Bonello a la bonne idée de choisir comme refuge à ses martyres un célèbre magasin parisien. Où très vite, nos enfants, puisque c'est bien de ça qu'il s'agit, se perdent et se noient dans la luxure. Vol de vêtements digne de "Bling Ring" de Sofia Coppola, buffet à volonté, musique cheap à fond et vroum-vroum en voiture de course miniature font revenir nos post ados en enfance. Le message de Bonello est on ne peut plus clair : un poseur de bombe sommeil en chacun de nous. Et ces enfants, qui pourraient être les vôtres, n'ont pas plus de couilles que vous et moi. Il est trop rare pour ne pas le préciser mais il faut le reconnaître : les intentions du réalisateur sont nobles. C'est, hélas, dans la forme que le bât blesse.

L'art du mauvais goût

Bertrand Bonello n'a jamais été réputé pour ses plans raffinés, il est vrai. Qui a oublié le colossal appendice de Gaspard Ulliel dans "Saint Laurent" ? Alors qu'il évite soigneusement le cliché du dessein religieux, on se dit le réalisateur chevelu enfin vacciné contre la faute de goût. Hélas, "Nocturama" n'en manque pas et ces dernières gâchent quelque peu la fête. Le casting manque cruellement de charisme et aucun petit sauveur/terroriste n'inspire de profondes émotions. Au point que la scène finale, véritable boucherie, ne suscite pas grand chose. Si ce n'est cet adorable petit couple de SDF, dommages collatéraux d'un esprit culpabilisé pas assez armé pour le rôle.

Autre problème, la mise en forme. Alors, certes, Bonello excelle dans l'art de l'esthétisme. Mais "Saint-Laurent" et son maudit aspect « clip show » (comprenez là que le film se transforme en clip musical) ne lui ont décidément pas servi de leçon. Le cinéaste, qui présentera "Nocturama" au Festival de Toronto à défaut de Cannes, persiste et signe dans les plans d'homme nus si peu âgés. Et de scènes où la musique devient personnage central, Willow Smith à en faire trembler les murs. Si le tout n'est bien sûr pas désagréable à regarder et/ou écouter, il est regrettable que ses scènes ne soient pas écourtées (voir coupées) au montage. Intérêt scénaristique ? Aucun. On sait que tu sais filmer des culs Bonello, alors garde en un peu plus toi.

Hormis ses quelques fautes habituelles au style du cinéaste, "Nocturama" reste un film appréciable. Loin d'être de la provoc' bête, gratuite et méchante comme on aurait pu s'y attendre, Bonello propose, non pas un écho à l'actualité, mais un scénario de cinéma. Certes, peu original, effrayant et exhibitionniste parfois, mais plaisant tout de même. Et aussi peu réaliste soit le projet mis en place (soyons honnêtes, ces justiciers sont des bras cassés), le film reste plaisant pour ce qu'il est. Une fiction.

Auteure :Mélissa ChevreuilTous nos contenus sur "Nocturama" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"

ça peut vous interesser

Trop d’amour : Un numéro d’équilibriste dingue

Rédaction

Rouge : Des places à gagner pour la sortie nationale

Rédaction

Rouge : La voix est une arme

Rédaction