Critiques

Nomadland : L’art de sublimer la vieillesse

Par Alexia Graziani


Sorti le 9 juin 2021 au cinéma, le nouveau long-métrage ne coche aucune case d’Hollywood. Mettant en scène des retraités solitaires, sillonnant l’Amérique à bord de leur van, "Nomadland" a raflé tous les prix dont 3 Oscars.

"Nomadland" nous embarque auprès de Fern (jouée par Frances McDormand), sexagénaire à la retraite. Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, elle décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de véritable nomade. Enchaînant les petits boulots à travers les États-Unis, elle intègre une communauté de personnes âgées, qui, comme elle, ont décidé de vivre en marge de la société.

Inspirée du roman de Jessica Bruder, la réalisatrice Chloé Zhao s’attaque à un sujet plus que rare dans le cinéma hollywoodien, celui de l’âgisme. À l’heure où les personnes âgées sont quasiment absentes du grand écran, Chloé Zhao, elle, les célèbre. Selon elle, « construire des récits mettant en scène des personnes âgées devant la caméra et les magnifier ne peut que faire de nous une société plus saine. Cette partie de la vie est, elle aussi, incroyablement intéressante ». Un parti pris audacieux, quand on sait que dans nos sociétés capitalistes actuelles, les personnes âgées sont souvent mises de côté, car ne contribuant pas à l’économie du pays.

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Frances McDormand - Copyright SEARCHLIGHT PICTURES

Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice s’intéresse aux marginalisés, on peut même dire qu’elle en est une spécialiste. En 2015, elle mettait déjà en scène la vie d’Amérindiens dans une réserve dans son premier long-métrage, Les Chansons que mes frères m’ont apprises. Elle poursuit deux ans plus tard avec The Rider, dans lequel on suit une la reconversion d’une star du rodéo après un accident.

Avec "Nomadland", nous sommes presque plongés dans une sorte de faux documentaire tellement les échanges paraissent simples et naturels. Cette sensation est de plus renforcée par un casting composé à majorité d’amateurs, véritables nomades qui ont tous entre 60 et 80 ans. Il y aussi quelque chose de très poétique dans la manière qu’à Chloé Zhao de filmer les corps vieillissant de ses acteurs. À travers les plans rapprochés notamment, le spectateur se trouve plongé au plus près de ces personnages pudiques et d’une pureté touchante. On ressort de la projection nourrie d’une sagesse concernant la vieillesse, la solitude et même la mort… Toutes ces questions sont traitées avec une telle poésie que cela en devient bouleversant.

"Nomadland" est un ovni dans le cinéma hollywoodien, mais il est aussi une critique de celui-ci. Le film dénonce l’absence de représentation des personnes âgées et notamment des femmes sur le grand écran. Il n’est pas rare de voir des actrices d’une quarantaine d’années campant le rôle de grand-mère ou sinon disparaître des écrans, car n’étant plus « désirables » passé la cinquantaine.

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