Critiques

Nos Plus Belles Années : Ils se sont tant aimés

Par Flavie Kazmercziak

Clin d’oeil à la comédie italienne des années 70, "Nos plus belles années" rend hommage en toute modestie au chef d’oeuvre d’Ettore Scola. Empruntant la même structure que « Nous nous sommes tant aimés », Gabriele Muccino dépeint une fresque qui suit ses personnages pendant quarante ans, depuis les années 80 à Rome.

Mais l’heure n’est plus à la Libération. 1982 en Italie, c’est la fin des années de plomb. L’équipe de football nationale remporte la Coupe du Monde et le disco se popularise. Cette même année, Paolo, Guilio et Riccardo ont seize ans et de grands rêves. Le premier est d’acheter ensemble une vieille Mercedes SL-450. Ils sont tous les trois amoureux de la belle Gemma. Puis les années passent. Les quatre amis s’aiment, se perdent de vue et se retrouvent à nouveau. Au détour d’une rue, d’un café, ils se remémorent leur jeunesse et trinquent aux choses qui les rendent heureux.

Avant un passage par Hollywood, le réalisateur mettait en scène la classe moyenne italienne dans "Juste un baiser" et sa suite "Encore un baiser". Il s’était fait remarquer dès son premier film où il abordait déjà le thème des relations amoureuses. Avec "Nos plus belles années" Gabriele Muccino retrouve les frénétiques personnages italiens, chers à son oeuvre. Aux travers de trajectoires de vie, il explore les complexités de l’amitié de l’adolescence à l’âge adulte. Le hasard qui fait bien les choses, les disputes qui nous éloignent et les retrouvailles pleines de mélancolies.

Les années défilent, les rêves aussi

La joie de vivre de cette bande vacille lorsque la mère de Gemma décède. Elle doit suivre sa tante à Naples et abandonner à Rome, Giulio, son tout premier amour. Les années qui suivent sont faites d’errances et d’absence. Ils font chacun leur bout de chemin. Giulio devient un riche avocat mais ne s’épanouit pas. Paolo s’occupe de sa mère malade et est promu professeur de lettres tandis que Riccardo, devenu journaliste, s’endette.

Le réalisateur accorde une place toute particulière au temps et au développement des personnages. Néanmoins, le film néglige un peu sa seule héroïne, principalement définie par l’intérêt que lui portent deux des trois garçons. Mais la merveilleuse interprétation de Micaela Ramazotti élève peu à peu le personnage. Elle fait jeu égal avec Pierfrancesco Favino (Giulio) qui se démarque aussi de ses camarades. C’est d’ailleurs le quatrième film qui unit l’acteur avec Gabriele Muccino.

L’Italie dans tous ses états

"Nos plus belles années" rend hommage à la commedia all’italiana en mêlant la drôlerie et le désespoir. Cette influence se ressent dans l’écriture comme dans le jeu des acteurs. Véritablement italiens, les protagonistes parlent fort, dansent, se déchirent et ont soif de vivre. Portés par leurs rêves, ils aspirent à changer le monde. Mais c’est finalement le temps et les expériences qui les transforment.

Comme dans "Nous nous sommes tant aimé", le film est rythmé par des ruptures du quatrième mur. En ouverture, le personnage de Giulio invite le spectateur à revivre la jeunesse de la bande. Mis en musique par les chansons de Claudio Baglioni, chanteur populaire à succès, le film retrace l’histoire de l’Italie, la transition entre les deux républiques et évoque les grands évènements qui ont fait vaciller le monde.

"Nos plus belles années" est le portrait d’une génération, de ses échecs et de ses réussites. Au travers du film, Gabriele Muccino, qui a l’âge de ses héros, raconte son adolescence et son amour du cinéma. La touche positive arrive dans la dernière partie du film où il laisse la place à la nouvelle génération, les enfants des protagonistes. A présent, le monde est à eux.

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