28 septembre 2021
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Nous étions soldats : Le bourbier

Avant "Nous étions soldats", Randall Wallace a commencé sa carrière en rédigeant le scénario de "Braveheart", une fresque historique mise en scène et interprétée par Mel Gibson. Plus tard, il passera derrière la caméra pour un inutile "L'homme au masque de fer" puis signera le script du très médiocre "Pearl Harbor". Pour cette nouvelle réalisation, il s'inspire des mémoires de l'officier Harold G.Moore et de Joseph Galloway, correspondant de guerre relatant la première bataille s'étant déroulée au Vietnam. Les deux hommes étant présents lors de ce massacre qui ouvrit les hostilités.
 
Il apparaît clairement que ce long-métrage est dépourvu de toute ambition, en ne proposant aucun regard inédit sur le conflit au Vietnam. L'histoire userait même des clichés propres au genre : on y retrouve la famille modèle américaine et catholique dont le père est l'archétype du brave soldat prononçant un discours formaté sur l'armée, secondé par un gradé grimaçant et criard (Sam Elliott). Mel Gibson y incarne un militaire bienveillant conduisant ses troupes dans un sanglant affrontement et vers une victoire au goût plutôt amer.
 
En voulant montrer les horreurs de la guerre dans "Nous étions soldats", le réalisateur semble à certains moments hésiter entre la critique sévère et le sermon patriotique qui finira par gagner du terrain. Les scènes de combat filmées à l'épaule par onze caméras en simultané, sont parfois étayés d'images rudes (mutilation et brûlures) mais lorgnent maladroitement vers l'acuité d'un Oliver Stone ("Platoon") et le réalisme d'un Steven Spielberg ("Il faut sauver le soldat Ryan"). Et ce n'est pas cette tentative d'exposer le point de vue de l'autre camp qui arrange les choses, réduisant le chef vietnamien au simple rang de stratège.
 
La mention spéciale revient à des comédiens tels que Barry Pepper (tireur d'élite dans "Le soldat Ryan") en journaliste de terrain et Greg Kinnear (coutumier des rôles de bellâtre) en pilote d'hélicoptère qui laissent traduire leur désarroi à travers une excellente composition. Quant aux séquences intercalées où l'on suit les épouses attendant des nouvelles du front, elles se révèlent absolument insignifiantes alors qu'elles sont censées tempérer le reste du récit. 
 
Randall Wallace s'est donc enlisé dans un bourbier scénaristique comme l'avait fait Ridley Scott pour "La chute du faucon noir". De cette production, on retiendra un épisode de plus sur le Vietnam, un film de trop qui se veut également un produit élogieux sur l'héroïsme (comme le témoigne la fin avec le mémorial des victimes). Il reste à espérer que "Windtalkers", le prochain John Woo avec Nicolas Cage prévu pour le 4 septembre 2002, apportera un souffle nouveau.

Auteur : Fabien Rousseau
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