31 octobre 2020
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Nouvelle cuisine : Critique n° 1

Aperçu au départ au milieu de Trois Extrêmes, Nouvelle Cuisine est désormais un long métrage qui nous coupe définitivement l'envie de manger des raviolis chinois : pour rester jeune et redevenir la cible des assauts de son mari, Mme Lee est prête à avaler les raviolis de tante Mei, faits à partir d'embryons humains.

Tout pourrait avoir été dit avec ces quelques lignes, mais les images sont beaucoup plus parlantes que le synopsis. Si Fruit Chan fait reposer tout son film sur la bande sonore et quelques gros plans, ce n'est pas l'horreur de ces repas cannibales qui est important dans Nouvelle Cuisine, mais plutôt l'obsession de Mme Lee pour le passé, car au lieu d'aller de l'avant et de choisir la liberté comme Mei dit l'avoir fait, elle s'entête à essayer de recoller des morceaux qui ne peuvent plus l'être. Sa quête est alors sans fin et tend inéluctablement à se rapprocher de la folie la plus extrême.

Plaçant dès le début du film les embryons au centre de l'histoire, avec cette séquence comique du passage d'une bento box aux rayons x, le cinéaste hongkongais ne réussit pas toujours à se détacher de cette théorie qui dit que manger nos propres enfants nous permettrait de rester jeunes : d'un côté il balaie d'un revers de la main l'idée que ce serait une supercherie en nous montrant Mei en manger elle-même, et de l'autre l'obsession de Mme Lee est telle que l'on arrive à croire que si ses amies la trouvent rajeunie, c'est avant tout parce qu'elle y croit elle-même et se sent donc mieux dans sa peau.

La vérification du fonctionnement de cet élixir de jeunesse n'étant pas ce qu'il y a de plus intéressant dans Nouvelle Cuisine, il est regrettable que cette question ne soit pas totalement résolue dès l'introduction. La dégustation d'embryons humains doit être en effet considérée uniquement comme une action symbolique dans la vie d'un couple, une concession à faire pour que la vie continue.

En mangeant les raviolis de Mei, Mme Lee essaie par un chemin détourné de séduire de nouveau son mari. Même si c'est peine perdue puisque le mari n'est visiblement intéressé que par le sexe, et que Mme Lee n'acceptera pas de tourner la page, Nouvelle Cuisine tente de nous montrer que la vie est avant tout affaire de confiance en soi. Car si Mme Lee ne doutait pas de ses charmes, elle comprendrait vite les motivations de son mari et irait faire sa vie ailleurs en remarquant que d'autres hommes beaucoup plus intéressants sont sans aucun doute prêts à s'occuper mieux d'elle.

Seulement voilà, dans le film de Fruit Chan, tout est affaire de bruits : les bruits de mastication est de déglutition qu'émet Mme Lee en mangeant ses raviolis s'apparentent d'abord aux bruits que son mari et sa jeune maîtresse font dans leur chambre d'hôtel, signe que c'est ce après quoi court la femme délaissée. Et si Mme Lee réussit tout de même à réveiller le désir que son mari a pu avoir pour elle dans le passé, les bruits de leurs ébats seront eux aussi comparables à ceux des raviolis. La préparation de ces aliments ayant alors grimpé très haut sur l'échelle de l'inhumain, les bruits produits par le couple sonneront comme le glas, comme une menace des conséquences à venir.

Grâce à quelques petits détails, Fruit Chan signe donc un film gore mais très fin.

Auteur :Marie Guyot
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