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O’Brother : Un diamant dans un tas de charbon

Avec "O'Brother", voilà bien un exemple du cinéma américain dans ce qu'il peut donner de meilleur, bien loin du triptyque habituel « violence, sexe et technologie » que nous présente régulièrement Hollywood , un cinéma « country-side », qui se penche sur un passé difficile (la grande dépression des années 20) avec tendresse, drôlerie et poésie.

Cette balade aux couleurs chaudes et douces, dans l'Amérique profonde du Sud ancrée dans son conservatisme et sa bêtise, est une respiration bienvenue et en rupture totale avec la névrose, l'obscénité et l'insistance actuelles des américains à se pencher sur la violence réelle ou latente de leur société.

A mi-chemin entre les "Blues Brothers", "Luke la main froide" et "La Poursuite Impitoyable", mais avec une touche humoristique teintée de candeur, cette histoire de cavale maladroite, objet de rencontres les plus incongrues les unes que les autres, où se succèdent plaisirs instantanés et arnaques, nous permet d'accompagner pendant 1h45 des personnages attachants, admirablement interprétés par des acteurs inspirés et bien à leur place.

Une mention spéciale pour Georges Clooney qui encore une fois nous surprend – après ce rôle tout en décalage des "Rois du Désert" – et nous offre une autre palette de son talent avec cette composition burlesque, terriblement humaine. Par exemple, cette obsession de ne jamais manquer de gomina pour préserver la perfection de sa coiffure, le symbole de la dignité maintenue qui se cache dans son utilisation malgré les circonstances participe à la construction d'une véritable épaisseur du personnage.

Le regard amusé du réalisateur empêche une dramatisation excessive et l'importance accordée à la musique permet ces petits moments de jubilation et de folie. La musique parlons-en justement. Il faut dire que nos trois lascars chantent et même fort bien ces airs du terroir américain dans lesquels ont pris racines les genres country, blues et jazz d'aujourd'hui.

Pas de limite aux aventures de nos trois évadés : ils enregistrent un disque à succès, pillent des banques avec un gangster fêlé, animent une soirée électorale, tout ça accompagné d'une partition musicale d'une grande qualité, cohérente et en même temps emprunte de frénésie.

L'analyse sociale et historique ne sont pas absents du récit, bien au contraire, mais pas de jugement, juste un regard tendre et pathétique d'une époque paumée où les personnages trouvent du bonheur dans une vie à l'opposé du modèle américain du travail, de l'argent et du conformisme. Les frères Coen ont su plonger dans leur patrimoine culturel avec pertinence et humour et c'est une leçon pour beaucoup de cinéastes d'aujourd'hui.

"O'Brother", chapeau bas !

Auteur :Jean-François Ballot

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