24 octobre 2020
Archives Critiques

Ocean’s Eleven : Classe et plaisir

Steven Soderbergh a fait du chemin depuis Sexe, mensonges et vidéo, son premier film, palme d'Or au Festival de Cannes. Erin Brokovich et Traffic lui ont valu une large reconnaissance tant des critiques que du public en montrant, s'il en était besoin, que le cinéaste se sentait aussi à l'aise dans un genre que dans un autre.

Ocean's eleven n'est ainsi pas son premier film de braqueurs, Hors d'atteinte il y a quelques années mettait déjà en scène le bandit George Clooney dans un mémorable cambriolage sans aucune arme. Soderbergh retrouve également Julia Roberts à laquelle il avait confié l'un des plus grands rôles de sa vie dans Erin Brokovich. Là, même si sa participation ne s'avère que restreinte elle reste importante, au moins pour donner de la profondeur à son personnage. Même constat pour Matt Damon, très à l'aise dans un personnage secondaire ou de Brad Pitt, beaucoup plus calme et sans doute mieux dirigé que dans beaucoup de ses films, qui se prêtent au jeu d'une façon remarquable.

A peine sorti de prison, le cambrioleur Daniel Ocean entend braquer trois des casinos les plus riches de Las Vegas, empochant une immense fortune et se vengeant du même coup de leur propriétaire, l'homme que son ex-femme a choisi de rejoindre. Le seul ennui, c'est que les coffres des casinos sont mieux gardés que la réserve de Fort Knox. Avec l'aide de Rusty, son fidèle complice, il entreprend alors de réunir une équipe de professionnels dans leurs domaines, un groupe de spécialistes seuls capables de réussir un tel coup.

Le miracle avec un réalisateur comme Steven Soderbergh, c'est qu'à chacun de ses films, il se plonge dans un genre nouveau pour le revisiter d'une façon à la fois personnelle et époustouflante. A fleur de peau, L'anglais, Schizopolis ou Traffic révélaient chaucun une nouvelle facette de son talent pour construire une filmographie dont peu peuvent se prévaloir. Avec Ocean's eleven, il s'attaque à un genre très codé pour y apporter cette fois encore un éclairage personnel très réussi. L'intrigue, plutôt ordinaire, lui permet de s'attarder davantage sur ses personnages, autant d'archétypes auxquels il accorde une place.

La plus grande surprise vient cependant de la réalisation. Impeccable, elle colle à l'ambiance. Soderbergh fait de Ocean's eleven un magnifique objet glacé, à la fois plein d'humour et d'intelligence, un film de braquage et de gangsters comme on en voit rarement. Rarement cinéaste américain aura réussi à s'approprier un univers de si belle manière. Une réussite due à une belle capacité à diriger un groupe de stars avec maîtrise et rigueur et à porter un véritable regard personnel sur un, genre pourtant très codé.

Encore une fois, Steven Soderbergh étonne par sa capacité à mêler dans un même film divertissement et oeuvre artistique. Le meilleur film de ce début d'année qui confirme Soderbergh comme un très grand cinéaste contemporain.
Auteur :Guillaume Branquart
Tous nos contenus sur "Ocean's Eleven " Toutes les critiques de "Guillaume Branquart"