31 octobre 2020
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Ocean’s Eleven : Dream team

A l'image d'une bande originale exceptionnelle signée David Holmes, ce film virevolte avec une verve jubilatoire et un plaisir contagieux sur toute la gamme des émotions. Successivement jazzy, funky, groovy et sexy, le nouvel opus de Steven Soderbergh n'a pas fini d'enivrer les sens du spectateur. Postulant sérieux au titre honorifique du film le plus classieux de l'année, ce pur divertissement convainc d'abord par une distribution de rêve. Une dream team des comédiens avec Julia Roberts (Tess Ocean) qui n'est jamais aussi bonne que chez Soderbergh (remember Erin Brockovich), George Clooney (Danny Ocean) toujours aussi glamour à l'écran, Andy Garcia (Terry Benedict) scorsesien à souhait en directeur de casinos à sang froid, Brad Pitt (Rusty Ryan) d'une étonnante sobriété lorsque l'on connaît la propension du bonhomme à cabotiner, Matt Damon (Linus Caldwell) impeccable en artiste pickpocket et enfin une pléiade de seconds couteaux au jeu affûté dont un Elliott Gould des grands jours en mécène intéressé de ce casse impossible.

Mais ce casting, à faire blêmir d'envie le plus blasé des agents de la planète cinéma, ne serait rien sans un scénario idoine. Vague remake de L'inconnu de Las Vegas de Lewis Milestone, ce film étincelant s'appuie sur un excellent scénario de Ted Griffin qui recèle des scènes d'anthologie, truffé dans sa première partie d'appendices narratifs concis, tandis que des dialogues ciselés, ponctués de répliques à double sens, réjouissent autant le comédien qui les prononce que le spectateur qui les écoute. Un feu d'artifice visuel et sonore où mise en scène, photographie, montage et musique participent d'une alchimie cinématographique rare avec Las Vegas, "terrain de jeux de l'Amérique", en toile de fond.

A la fois maniériste et inspiré, classique et moderne, le film de Soderbergh s'autorise toutes les audaces, dans les limites du film de genre, et se paye même le luxe de bifurquer vers la comédie amoureuse sans que la tension du film n'en souffre. Après avoir inauguré sa filmographie avec une Palme d'or à Cannes (Sexe, mensonges et vidéo), traversé le désert ensuite avec quelques films estimables mais coupés du public, Soderbergh est devenu depuis "Hors d'atteinte" le nouveau chouchou d'Hollywood (l'autre Steven, en référence à Spielberg) sans pour autant perdre son âme. Un cinéaste qui parie sur l'intelligence du public, denrée rare en Californie, et dont les films renouent avec l'âge d'or hollywoodien. 
Auteur :Patrick Beaumont
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