31 octobre 2020
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Ocean’s Twelve : Quelle classe !

Où 2004 se révèle un grand millésime pour les suites : Ocean's Twelve est en effet ce que Hollywood nous a offert de meilleur depuis Spider-Man 2. Si Soderbergh est un cinéaste, sinon irréprochable, du moins constamment passionnant, Ocean's Eleven, sympathique film de bande, constituait son opus le mois intéressant. On pouvait donc s'interroger quant à l'opportunité d'y donner une suite. On aurait pourtant tort d'y aller à reculons: Ocean's Twelve est un joyau.

Si "Eleven" était le remake d'un film mineur du fameux Rat Pack (Sinatra, Martin, Davis Jr), "Twelve" est la variation totalement libre que s'offre Soderbergh avec les mêmes personnages. Et c'est cette liberté qui fait le prix, et la saveur, de la présente suite. La première bonne idée du film - qui en compte plus d'une, doux euphémisme - est de résoudre la problématique inhérente au "film de super-braquage" (une bonne partie du plaisir vient souvent de l'élaboration minutieuse du plan parfait, et de son aspect crédible, or par définition un coup impossible n'est jamais crédible). La résoudre ? la pulvériser, plutôt : "il faudrait soulever la maison. - OK, on la soulève.", "par quoi on remplace l'objet dérobé ? - Ben, par un hologramme !"

Ne faisant plus grand cas du réalisme (à ne pas confondre avec la cohérence - Ocean's Twelve est extrêmement cohérent), Soderbergh peut, comme sa bande de personnages, se permettre à peu près tout et n'importe quoi. Et ne s'en prive pas : chapitrage échevelé du récit, rythme élastique (course effrénée au sein de laquelle sont ménagées de longues respirations, ramifications laissées en plan puis ressurgissant...), jeu avec les codes du genre et de l'exercice de la suite, double niveau de lecture permanent (sans second degré plombant), effets frime et décontraction assumée, etc... Tout cela pourrait paraître stérile, voire crispant, mais le sens ébouriffant du plaisir, et la générosité, dont fait preuve le cinéaste font de Ocean's Twelve le film le plus euphorisant qu'on ait pu voir depuis longtemps.

Servie par des acteurs hyperboliques - il faudra encore chanter les louanges de Monsieur George Clooney - et une musique orgasmiquement classieuse signée David Holmes, la mise en scène de Steven Soderbergh fait de chaque séquence (sur les modes majeurs comme mineurs) un émerveillement qu'on aurait presque envie d'applaudir spontanément dans la salle. Comme ça. Bêtement. Ça n'a l¹air de rien mais c'est énorme. Car il faut voir tout ce que donne ce film fou, jusqu'à, notamment, une idée qui devrait rester dans les annales des idées de petits malins à Hollywood. Un gag "hénaurme" qu'on ne dévoilera pas... D'ailleurs mieux vaut en savoir le moins possible avant de découvrir cette oeuvre riche en surprises.

Avec Ocean's Twelve, Soderbergh, trop intelligent pour ignorer les limites postmodernes de son cinéma, évacue tout cynisme et, en signant d'une main de maître son divertissement le plus réussi, commet le hold-up total, s'en tire avec le beurre, l'argent du beurre et... l'enthousiasme ravi du public.

Le tout avec classe... La GRANDE CLASSE !

Auteur :Rémi Boîteux
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