22 février 2019
Critiques

Oh Lucy ! : Une extension américaine

"Oh Lucy !" est une « extension » d'un court-métrage éponyme réalisé par Atsuko Hirayangi, primé au Festival de Cannes en 2014. Cette version longue, une co-production américano-japonaise, s'inscrit dans un héritage d'œuvres ayant pour thème principale le choc entre culture occidentale et japonaise, comme "Le Pont de la Rivière Kwaï" en son temps ou "Lost in Translation" bien plus tard. 

Ce film, aussi décalé qu'audacieux, demeure quand même loin de ses modèles, s'inscrivant plus comme film secondaire. Il est indéniable que "Oh Lucy !" possède un certain charme principalement grâce à ce ton un peu décalé présent dans un scénario se moquant gentiment des différences culturelles via une langue nouvelle. La réalisatrice, ayant vécu aux États-Unis, part du principe que l'apprentissage d'une langue étrangère passe par l'adoption d'une personnalité différente, ce masque vient en parallèle de la culture japonaise, lieux ou le respect collectif prime sur le plaisir individuel et ou l'art du Kabuki est roi.       

Le premier acte est le plus réussie, avec un portrait de l'univers aseptisé japonais, contrastant avec l'excentricité du cours d'anglais. En effet, dans les quarante-cinq premières minutes le film nous propose des scènes comiques imprégnées d'un ton grave alors que certaines scènes dramatiques dans le second acte sont, quant à elles, contre-balancées par un humour grinçant. Ce décalage semble être au départ une qualité, mais tourne vite en rond lorsque Setsuko décide de s'envoler avec sa sœur pour Los Angeles. C'est à ce moment-là que le récit se fait plus long et s'enlise quelque peu dans ce qui se rapprocherait plus d'un essai raté du cinéma indépendant américain.

Toutefois, "Oh Lucy !" reste un joli portrait de femme en pleine crise de la cinquantaine. Setsuko, jouée par Shinobu Terajima, l'héroïne du "Soldat Dieu" de Koji Wakamatsu, semble inspirée par le personnage tout en faisant apparaitre un semblant de solitude attristé. De son côté, et quinze ans après "40 jours et 40 nuits", Josh Hartnett n'a pas perdu grand-chose de son aura de séducteur malgré lui. Beau gosse d'Hollywood, ayant multiplié les choix audacieux mais rarement payants sur le circuit indépendant, avant une renaissance par la petite porte des séries US dans le sublime "Penny Dreadful", Josh Hartnett est peut-être l'un des talents gâchés du cinéma américain des années 2000, mais surtout un comédien qui manque par son absence sur le grand écran.

Cette version longue ne manque pas d'attrait tant dans son jeu sur le langage que dans le choc des cultures. Nonobstant quelques baisses de régime, le film se laisse voir, porté par des interprètes talentueux. 
Auteur :Alexa Bouhelier-Ruelle
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