28 septembre 2021
Critiques

Old : Retour aux bonnes vieilles bases

Par Zoé Keunebroek

Avec "Old", le dernier film de M. Night Shyamalan, c'est le retour au thriller horrifique avec son lot de phénomènes inexpliqués et de twists. Le réalisateur hindi-américain revient à ce qui a fait ses films, ses premières amours sa patte et aussi son succès.

"Old" raconte l’histoire d’une famille qui s’apprête à passer des vacances de rêves sur une île loin de tout. Tout paraît alors paradisiaque. Le directeur d’hôtel leur a même donné accès à une plage mystérieuse, reculée, « un endroit magique paraît-il ». Il ne croyait pas si bien dire. Sur cet atoll, ils sont mis face à un phénomène paranormal. Ils vieillissent extrêmement rapidement, et leur existence n’est plus limitée qu’à cette seule journée. Une seule solution : s’enfuir ! Problème : tous les accès à la plage sont condamnés.

Rien qu’en lisant le pitch on sent bien que M. Night Shyamalan revient à ses bases. Il reprend le phénomène inexpliqué que l’on retrouve déjà dans "Signes", "Phénomènes" ou "Sixième sens". Il joue avec la vulnérabilité humaine, la puissance et la mort, trois thèmes qu’il a déjà mis à l’honneur dans "Incassable", "Split" et "Glass". Et comment parler de "Old" et Shyamalan sans évoquer ce qui lui a été attribué, parfois à tort, comme caractéristique  majeure ? "Old" est bel et bien un film à twist.

"Old" est un film prenant, un film glaçant qui prend aux tripes, grâce à une recette toute simple. M. Night Shyamalan s’attaque à la peur de mourir, la peur de vieillir trop vite qui existe en chacun de nous. Cette angoisse viscérale de ne pas voir passer les années. C’était d’ailleurs déjà l’objectif de Pierre Oscar Lévy, scénariste de Château de sable, le roman graphique dont est adapté "Old". Que se passerait-il si nos enfants grandissaient effectivement, beaucoup trop vite ?

critique-old1
Vicky Krieps, Gael García Bernal, Thomasin McKenzie, et Luca Faustino Rodriguez - Copyright 2021 UNIVERSAL STUDIOS

Comme dans chacun de ses films, même les twists ne viendront pas tout révéler sur l’ampleur du phénomène de "Old". Certains questionnements demeureront en suspens. Et c’est tout l’art du long-métrage shyamalanesque. Ces réalisations laissent le mystère bouillonner en nous, permettant au film de raisonner dans notre esprit, plusieurs heures, jours ou semaines après le visionnage.

Avec "Old", Shyamalan prend à bras le corps une thématique assez controversée à Hollywood : représenter la vieillesse, la vraie. Même si les corps de certains des acteurs sont vieillis numériquement. Dans ce thriller horrifique, c’est la vraie vieillesse que l’on peut voir. La mort est visible, brutale et inévitable. Elle n’est pas cachée derrière des fioritures et révèle toute sa monstruosité.

Sur le plan de la réalisation, Shyamalan innove. C’était déjà le cas avec Split et Glass ses deux derniers longs-métrages, la caméra est vivante. Durant le premier acte, c’est une caméra assez classique, proche de son style habituel : posé avec de nombreux plans-séquences. Une fois que les bases ont été posées, alors la partie commence. Montage plus dynamique, parfois essoufflant, débulages, zooms, etc. La caméra s’affole en même temps que les personnages voyant leur vie défiler. Notre réalisateur a su se renouveler sans pour autant tomber dans la caricature hollywoodienne des blockbusters sur-cutés. Concernant la direction d’acteur qui lui a souvent valu des reproches, Shyamalan nous livre un film en demi-teinte. Les comédiens sont tout en retenue laissant au spectateur libre court à l’interprétation, retenue à laquelle le réalisateur nous a habitués.

Cependant, on perd un autre aspect, pourtant essentiel du pack Shyamalan : l’absurde. Mark Wahlberg et les plantes en plastique ("Phénomènes"); Paul Giamatti en Cleveland Heep déluré ("La jeune fille de l’eau"); les phases d’infiltration caricaturales de Aang ("Le dernier maître de l’air"). Ces petits éléments ridicules font le charme de sa filmographie. Malheureusement, cet aspect est passé à la trappe dans "Old" et c’est quelque peu regrettable. Cette absence d’absurdité contribue sûrement à ce que certains des dialogues tombent tels des cheveux dans la soupe.

En définitive, "Old", c’est un vrai film de Shyamalan. Il ravira ses fans et énervera encore plus ses détracteurs. Le réalisateur a réussi, une fois de plus, à distiller des thématiques plus profondes, dans un film vendu comme le nouveau blockbuster horrifique. À peu de choses près, "Old" aurait pu rentrer dans le cercle restreint des chefs d’œuvres de Shyamalan.


Tous nos contenus sur "Mon Cousin" Toutes les critiques de "Zoé Keunebroek"

ça peut vous interesser

Stillwater : Des apparences parfois trompeuses

Rédaction

James Bond prépare son retour

Rédaction

Beckett : Seule la promesse compte

Rédaction