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Ombline : Un enfermement bouleversant

D'un naturel calme, posé, au verbe précis et..., on pourrait se demander comment un tel jeune homme peut réaliser un tel film, tout en violence, contenue ou apparente, un film dur, très dur par moment. 

Stéphane Cazès signe avec Ombline son premier long métrage de fiction, fruit d'une longue gestation, près de dix années se sont écoulés entre le choix du sujet et la sortie du film. Entre-temps, il aura réalisé deux courts-métrages, dont le premier, fort remarqué, L'échange des regards, sélectionné dans de très nombreux festivals et primé à plusieurs reprises. "Ombline" repose donc sur une longue et minutieuse préparation, recherches, documentation, rencontres avec des femmes détenues, interventions dans les prisons et études de sociologie en université. C'est dire qu'il maîtrisait son sujet. Mais pour autant, c'est nécessaire, mais pas suffisant, il lui fallait un scénario, une intrigue. Ce qu'il fit, au point d'obtenir un prix pour son scénario. Un écueil subsistait, dû sans doute à la richesse du matériau accumulé, le scénario correspondait à un film d'une durée de trois heures. L'étape suivante fut consacré à un raccourcissement, à l'élagage, au point d'aboutir finalement au résultat que l'on peut découvrir à l'écran, entre-temps cinquante versions du scénario furent rédigées. Une jeune femme de vingt ans, prénommée Ombline,  est condamnée à 3 ans de prison à la suite d'une violente agression. Un événement va bouleverser sa vie : la découverte de sa grossesse. Elle donnera naissance à Lucas. Selon la loi,  elle ne peut que s'en occuper que les 18 premiers mois. A partir de ce moment-là, elle n'aura de cesse de se battre pour garder son fils le plus longtemps possible auprès d'elle. Elle parviendra même à convaincre le juge qu'elle est capable d'en assumer la garde à sa sortie de prison. Le combat qu'elle va mener pour garder son enfant va progressivement la transformer. 

Alors qu'elle n'était qu'un être insociable et une sauvageonne à son entrée en prison, elle se transformera, étape par étape pour devenir une autre femme, plus mûre, plus responsable.L'écueil à dépasser existait dans le choix de l'actrice. Il fallait une actrice jeune, capable d'endosser le rôle, lourd. Et de surcroît, elle est de presque tous les plans du film. Il fallait montrer l'évolution du personnage, en montrer la violence. C'est à Mélanie Thierry qu'allait échoir la difficulté d'entrer dans le personnage. Et là, on ne peut que saluer la performance de la comédienne, montrant une palette de sentiments très vastes. Peu d'actrices de son âge en France sont capables d'atteindre son niveau. Et c'est là une des grandes réussites du film. Aux côtés de Mélanie Thierry, deux autres comédiennes sont à signaler : Nathalie Bécue dans le rôle de la matonne ainsi que Corinne Masiero (découverte récemment dans "Louise Wimmer") composée une détenue toxico sidérante.

Stéphane Cazès nous montre l'enfermement physique, réel mais également psychologique.  On ne quittera la prison qu'à la fin du film. Pratiquement tout se passe dans une enceinte pénitentiaire, accroissant ainsi la sensation de l'enfermement vécu par Ombline. Pour accentuer l'effet, le film fut tourné dans une véritable prison, construite au XIXème siècle, et non une prison contemporaine. Le film aurait peut-être gagné en allégeant un peu encore le scénario, en évacuant certains éléments, tant est grande la volonté de l'auteur à vouloir travailler le maximum de pistes, d'éléments  composant le quotidien des détenues (le travail, la nurserie, etc…). Malgré cela, le film est des plus bouleversants de la rentrée, notamment par la  présence et la performance des trois comédiennes.
Auteur :Christian Szafraniak
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