Critiques

Only Lovers Left Alive : La critique du film

Avec "Only Lovers Left Alive" Jim Jarmush a peut-être enfin trouvé le personnage le plus à même à accueillir ses errances cinématographiques.

Le vampire, cet être de l'image par excellence qui traverse les siècles dans une langueur perpétuelle offre la possibilité au réalisateur de mettre une nouvelle fois en scène ses réflexions métaphysiques à l'échelle cette fois de l'histoire de l'humanité.

Stéréotypes merveilleux, ses personnages sont ces éternels intellectuels bohèmes et solitaires, des vampires descendants des Deneuve et Bowie que l'on croisait dans "Les Prédateurs", échos désabusés des icônes glam-rock des années 70.

Adam et Eve, rien que ça, sont les noms de ces sublimes créatures assoiffées de connaissances, dont les poses hiératiques figent le film dans une fascination languissante. Désincarnés par le duo Tom Hiddleston-Tilda Swinton ces avatars magnifiques des enfants de la nuit posent sur le monde leur regard à la fois émerveillé, curieux, et mélancolique.

Dans "Only Lovers Left Alive", avec une facilité déconcertante, Jarmush nous fait voyager de Detroit à Tanger, de l'Angleterre Elisabéthaine de Shakespeare au XXIème siècle, la musique et la littérature brisent les frontières de l'espace et du temps, les guitares de collections d'Adam (Hiddleston) sont autant de reliques, de vestiges magnifiques d'un âge d'or imaginaire, et les vers de Marlowe sont plus que jamais vivants, formidable paradoxe.

Marlowe lui-même est vivant, vampire de son état, bienveillant sous les traits de John Hurt, génie qui aurait prêté sa plume à l'escroc Shakespeare, vendant son art pour ne pas qu'il se perde comme son auteur, réduit à l'anonymat  par sa condition.

Les clichés du genre intéressent bien peu Jarmush dans "Only Lovers Left Alive" et c'est pourquoi il ne rechigne jamais à y faire référence, si ces personnages sont des vampires, autant qu'ils en présentent les caractéristiques les plus notables, ainsi crocs, sang comme unique nourriture et sommeil diurnes sont leur lot.

Musiciens, esthètes, poètes, addict d'une substance de plus en plus polluée, tels sont les nouveaux vampires, des hipsters anémiés, déplorant que l'on ait cloué au pilori Galylée, détruit Tesla, que le monde ait pu ignorer tant de folles promesses et se complaire dans une saine et ennuyeuse médiocrité.

Ces dandys de rien et de tout, ont élu domicile en des lieux qui leur ressemblent. Detroit en premier lieu, fabuleuse ruine, avec ses Théâtres reconvertis en parking, ses gloires fantômes, vision de la magnificence délabrée, reflet du vampire reclus drapé dans ses robes de chambre antédiluviennes.

"Only Lovers Left Alive" est un voyage immobile, une course figée, à l'image de l'existence de ses protagonistes. Jarmush offre au vampire un écrin précieux, un cercueil filmique, où le repos est doux, à peine troublé par les songes dans lesquels s'invitent Byron ou Shelley, Eddie Cochran, Purcell ou Charlie Feathers.

La ballade envoutante de ses seuls amants encore vivants ne connaîtra jamais de fin. "Only Lovers Left Alive" si, c'est là qu'est toute la tragédie.

Auteur :Gabriel Carton
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