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Open Range : Tuer un homme…

Il y a 14 ans Kevin Costner jouait avec les codes du western, et nous livrait son magnifique premier film, "Danse avec les Loups", à la fois tragique, touchant, nimbé d'une naïveté qui confinait à la poésie. Toutefois, et malheureusement pour lui, c'est à l'aune de ce film que serait jugée toute la suite de sa carrière. Il faut dire que "The Postman", son deuxième essai derrière la caméra ne fut pas vraiment convaincant. Alors que dire d'"Open Range" ?

Il est évident qu'en retrouvant les vastes étendues de l'Ouest, Costner espère renouer avec le succès de son premier opus. Elles ont leur importance, ces vastes étendues, non seulement pour l'inspiration de Costner, mais surtout au cœur de l'histoire. Car ce film ne raconte ni plus ni moins que le processus de privatisation, de parcellisation de l'espace ouvert qui donne son titre au film. Les clôtures apparaissent, au détour d'un plan, mais avant les clôtures, c'est l'état d'esprit des gros propriétaires terriens, qui mènera quatre hommes à se révolter.

Ce qui frappe d'emblée dans ce western moderne, c'est que les couleurs ocre qui caractérisaient ses ancêtres ont totalement désertées le cadre. Ici tout est vert, tempéré, puis détrempé quand les éléments se déchaînent. Et cela nous amène à un autre attrait du film.

Ici, les longues scènes d'ouverture insistent bien là-dessus, on n'oublie pas que les héros du western étaient avant tout des cow-boys, des garçons vachers, et pas des fous de la gâchette. Rien ne les destinait à endosser le rôle de justiciers auto-proclamés. Costner, dans le rôle, presque littéral, de l'eau qui dort (puisque le déluge s'abat sur la ville comme un préambule à la violence inouïe qu'il refoulait depuis longtemps et à laquelle il va lâcher bride) traduit parfaitement cela.

On est donc, de moins belle façon, mais tout de même, dans un film travaillé par les mêmes préoccupations qu'"Impitoyable" (Eastwood). Tuer un homme n'est tellement pas un acte gratuit et sans conséquences dans Open Range, que lorsque la vengeance éclate, on ne s'y complaît pas.

Et puis, certes, film typiquement hollywoodien, jusque dans sa potentialité à tomber dans le sentimentalisme, "Open Range" laisse affleurer, à l'occasion de quelques scènes, des préoccupations bien actuelles… Ainsi Baxter, le propriétaire terrien qui contrôle la ville dans l'ombre use d'intimidations illégitimes, prête systématiquement aux gens de viles intentions, manipule les représentants de l'Ordre et s'assure le soutien de la population par le chantage, voire la terreur. Ce qui rappelle vaguement la politique menée de nos jours aux Etats-Unis…

De plus son zèle dans l'application des principes de propriété privée est contraire à la loi de l'époque, qui autorise les troupeaux en bivouac à paître partout. Baxter est clairement dépeint comme un isolationniste par le film, qui au détour d'une scène anodine, non sans humour, dévoilera la richesse de son propos, sans avoir l'air d'y toucher. Boss achète pour lui et Charlie des cigares de Havane et du chocolat Suisse (que l'épicier situe en lui disant "c'est à côté de la France"). L'épicier confie qu'il n'a jamais pu y goûter à ces denrées onéreuses. Ce à quoi Boss remédie en lui proposant un carré de chocolat tout en disant : "Ce serait dommage que tu ne connaisses pas ça, alors que tu les as sous les yeux tous les jours"…

Une petite scène vaut sans doute mieux qu'un grand discours pour brocarder discrètement la paranoïa de l'Amérique, son ignorance de ce qui se trame hors de ses frontières 

Auteur :Benjamin Thomas
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