28 septembre 2021
Critiques

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire: A Moore, Gloire et Beauté

Par Rayane Mezioud


La victoire de Tinetine "Titane" à la Coupe du Monde du Cinéma a été une surprise à la fois agréable et trop inattendue pour être gérée parfaitement sereinement quand on a eu la chance de vivre l’intégralité du Festival de Cannes de l’intérieur.

Il est donc délicat d’aborder la Dernière Séance, "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire", car il condense beaucoup de thématiques qui touchent et divisent beaucoup de monde : le cinéma à la papa, le rapport à l’humour et à la nostalgie, la frontière entre subversion et mauvais goût, les conflits de générations et de virilité …

On pourrait encore en dire beaucoup sur le sujet mais il est tout à fait compréhensible qu’un tel film suscite des réactions aussi épidermiques, que ce soit de la part de ses détracteurs ou de ses laudateurs, de la part de ceux qui préfèrent le didactisme de Michel Hazanavicius ou l’intuitivité de Nicolas Bedos. Chacun a compris qu’Hubert était un tocard mais chacun a sa manière de l’exprimer au public et chaque membre du public a le droit de s’exprimer sur la pédagogie qui lui convient le mieux sans se sentir jugé(e) par le camp adverse.

Le Cercle d’Or

Découvrir un film en festival à Cannes, c’est un rapport différent à celui d’une découverte parmi les sorties de la semaine. Dans le feu de l’action, le festivalier est obligé de rechercher comment rester serein dans l’improvisation. A son corps défendant, il crée une relation intime avec le film pour garder la tête froide comme il peut. L’objectivité n’a plus droit de cité dans ce gigantesque monde plus petit qu’on ne le croit.

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Nicolas Bedos et Jean Dujardin - Copyright Christophe Brachet

C’est sans doute une manifestation du syndrome de Stendhal quand il se positionne en 42ème film vu en près de deux semaines mais il devient difficile de faire la part des choses entre son apparence et son ressenti. Se retrouver vêtu d’un smoking blanc et noir devant un film d’espionnage dans le Grand Théâtre Lumière, c’est être vu dans une sphère dorée qui fait péter l’ego et se sentir en gosse déguisé comme les personnages qu’il regarde à la télévision. Être sapé comme jamais tout en retombant en enfance, c’est peut-être une façon de digérer les événements de cette quinzaine dans une bulle imprévisible.

La (Pas si) Belle Epoque (Que ça)

Découvrir "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" en fin de cursus cannois, c’est reconsidérer le rapport à la nostalgie de Nicolas Bedos car son ambiguïté y semble plus accessible que lors de la découverte de "La Belle Epoque" hors du Festival de Cannes. Dans sa capacité à passer en un claquement de doigts d’un attendrissement sincère pour le simulacre de France des années 1970 dans lequel il se retrouve plongé à une remise en cause immédiate et pointilleuse des aspérités de cette bulle factice, le protagoniste exprimait son besoin de vider son sac sur une époque à laquelle il est trop attaché pour rester figé dedans.

Potentiellement perceptible par certains comme une commande désincarnée, "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" peut aussi être vu comme un film d’auteur extrêmement personnel à la fois pour Nicolas Bedos et pour celles et ceux qui ont eu la chance de rentrer dans le cercle des privilégiés. Si vous êtes également attaché(e)s aux références maniées par Nicolas Bedos à la caméra et Jean-François Halin à la plume, vous pourrez le vivre comme une exposition en roue libre et complètement désinhibée d’un rapport à la nostalgie très personnel et paradoxal mais cohérent.

C’est ce fonctionnement à l’instinct qui permet de mieux cerner pourquoi le film a un tel potentiel de division. La trilogie OSS 117 du XXIème siècle manie énormément d’images d’Epinal mais en se concentrant sur son rapport à la saga James Bond, on peut considérer la période Michel Hazanavicius comme la période Sean Connery et la période Nicolas Bedos comme la période Roger Moore/Timothy Dalton.

La première préfère jouer la sécurité et se ménager la marge de manœuvre nécessaire pour pérenniser son héritage en cours de construction, d’où le besoin compréhensible de fréquemment verbaliser le fait qu’Hubert se comporte de façon inacceptable. La seconde se sent en terrain connu, au milieu d’initié(e)s avec qui il n’est plus nécessaire d’expliquer les choses parce que les nouveaux profs considèrent que les étudiant(e)s présent(e)s ont studieusement suivi les cours précédents et qu’on peut lâcher les bolides quitte à perdre du monde en route.

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Pierre Niney - Copyright Christophe Brachet
Last Action Blaireau

L’hybridation entre le James Bond vieux beau et la comédie d’action/policière en duo désaccordé qui va se mettre au diapason dans l’improvisation devient donc logique. La collision entre Roger Moore/Timothy Dalton et Shane Black (en passant par "L’Île aux Enfants") révèle, chez le vieux lion comme chez le jeune loup, un talent qui se sait fragile et qui a besoin de se rassurer.

Plus à l’aise dans la mise en scène de l’action qu’un Michel Hazanavicius qui avait tout de même montré sa prestance dans la deuxième partie de Rio ne répond plus, Nicolas Bedos y révèle un Jean Dujardin qui semble plus que jamais maîtriser son personnage dans le mouvement car le mentor est amené par la confrontation avec le disciple à mieux cerner ses atouts et ses faiblesses pour se sentir encore dans le coup.

Le réalisateur et le scénariste laissent également au nouvel agent incarné par Pierre Niney son territoire pour y exprimer son très haut potentiel malgré la jolie maladresse de la jeunesse qui veut bien faire mais cherche encore comment. Parfois, perturber l’autre, ce n’est pas asseoir sa supériorité mais exprimer sincèrement qu’on a besoin d’être rassuré par celui ou celle dont on envie ce qu’on ne retrouve pas, ou plus, chez nous.

Vivre et laisser mourir

Plus viscéral que le duo qui l’a précédé, "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" a le potentiel de permettre à chacun(e) de laisser filtrer la façon dont il préfère voir se faire dézinguer des pans de la culture populaire qui nous travaillent mais qu’on a besoin de dépasser pour en construire de nouveaux.

Mais, après avoir eu l’impression de ramener la coupe à la maison en ayant joué à domicile, on a peut-être le droit de se laisser gagner par la fièvre du film du samedi soir et de se dire que "Mourir peut attendre" et "The King’s Man : Première mission" vont devoir sortir leur meilleur jeu de jambes pour rattraper la pilule que vient de leur mettre le joueur français.

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