28 septembre 2021
Critiques

Osterman Week-End : The Last Show

Lorsque "Le convoi" sort en 1978, la carrière de Sam Peckinpah amorce son déclin. Sa consommation abusive d'alcool et de drogue le diminue physiquement en plus de problèmes cardiaques. Sa créativité artistique en pâtit, une mauvaise réputation le précède et les grands studios ne lui accordent plus leur confiance. Il réussit pendant un temps à assister son vieux complice Don Siegel avant de rechuter. Pourtant, les producteurs Peter Davis et William Panzer croient encore en ses capacités et font appel à lui pour diriger l'adaptation du roman Le week-end d'Osterman écrit en 1972 par Robert Ludlum (créateur de Jason Bourne incarné à l'écran par Matt Damon). Un récit mouvementé où se mêlent le thriller et l'espionnage sur fond de manipulation télévisuelle.

Animateur de l'émission télévisée Face à face, John Tanner est contacté par Lawrence Fassett, un agent de la CIA. Grâce à des vidéos, celui-ci prouve à Tanner que ses trois amis sont des espions du réseau Omega à la solde du KGB. Sceptique, le journaliste accepte toutefois la mission de les confondre alors qu'il s'apprête à les recevoir eux et leur femme pour le traditionnel week-end baptisé Osterman en l'honneur de celui qui a initié la coutume.

Sous couvert d'un film de commande, Sam Peckinpah prend le spectateur à revers et titille son instinct voyeuriste dès la troublante séquence d'ouverture. Le metteur en scène illustre également son propos par le biais du personnage de Tanner épiant les différents écrans de contrôle donnant sur chaque pièce de la maison. Un dispositif de caméras de surveillance qui préfigure d'ailleurs le concept de la télé réalité et renforce le sentiment de s'immiscer dans l'intimité des individus tout comme cette sensation de danger permanent.

Car le cinéaste ne néglige pas pour autant le suspense qu'il orchestre avec maestria. Les rouages de l'intrigue se mettent en place comme les pions sur un échiquier. Dans sa résidence, le héros se retrouve face à un trio de supposés traîtres. L'opération destinée à les démasquer dévoile bientôt sa véritable nature. La tension psychologique s'installe puis le climat de violence latente (faisant écho à celui des "Chiens de paille") explose dans une séquence d'action opposant armes rudimentaires et machines de pointes. Cela permet au réalisateur d'imprimer avec efficacité sa marque de fabrique (montage alterné et ralentis) qui connaît son apogée lors d'une scène autour d'une piscine. Un certain goût pour la stylisation de la violence que John Woo a intégré à sa façon dans ses productions de Hong Kong.

Pris dans un engrenage machiavélique, Rutger Hauer se montre étonnant dans un contre-emploi où il campe ce chroniqueur dépassé par les évènements à l'instar de ses partenaires Craig T. Nelson, Meg Foster, Dennis Hopper ou Chris Sarandon. Dans le camp de l'ambiguïté, John Hurt (fabuleux John Merrick dans "Elephant Man") exploite tout le caractère insidieux de son rôle tandis que l'excellent Burt Lancaster rivalise de cynisme et de complaisance.

C'est donc sur une note empreinte d'ironie que Sam Peckinpah a choisi d'achever son long métrage. Tanner invitant le spectateur à éteindre son poste et l'instant d'après, déclarant une forme d'addiction du public au petit écran. Une scène qui conclut une méditation sur le pouvoir de l'image notamment celui de modifier la réalité. Le plan final de "Osterman Week-End" montre une chaise de studio vide accompagné d'un air mélancolique de saxophone signé Lalo Schifrin. Quelle plus élégante manière de tirer sa révérence en renvoyant la société à son miroir.

Pour cet ultime baroud d'honneur, l'auteur de "La Horde sauvage" et du "Guet-Apens" signe une œuvre visionnaire et un film testament qui témoigne de la virtuosité d'un artiste écorché vif ayant influencé toute une génération et marqué définitivement la mémoire des cinéphiles grâce à une filmographie exemplaire.

Auteur :Fabien Rousseau
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