Critiques

Ouistreham : Le monde des invisibles

Par Sylvain Jaufry

Dix sept ans après son dernier passage derrière la caméra, Emmanuel Carrère se lance dans l’adaptation du roman homonyme de Florence Aubenas. "Ouistreham" est un film social nécessaire. il nous propose une immersion dans le quotidien physique des femmes de ménage. Le cinéaste y dresse une galerie de portraits lucides, qui met bien en valeur ce métier souvent précaire et difficile. Avec un style quasiment documentaire, il dirige les projecteurs vers ce milieu méconnu, voire invisible.

Une mise en lumière du secteur de la propreté

Le film d'Emmanuel Carrère a pour objectif de sensibiliser sur la situation précaire des agents d’entretien. il atteint clairement son objectif, sans tomber dans la dénonciation ou le misérabilisme. "Ouistreham" évoque une juste retranscription de ce travail et de ses inconvénients. C‘est une mise en image de la vérité du terrain, une façon d’alerter l’opinion aussi. Le film prend ainsi une allure documentaire. Ce choix paraît justifié et est sûrement le meilleur moyen pour traiter ce sujet. Il faut aussi préciser que les seconds rôles sont interprétés par des acteurs non professionnels. Ceci renforce cette illusion de “docu-fiction”.

Ce long-métrage est magnifique, humain et généreux. Mais, il a aussi un aspect préventif et informatif. Ce secteur professionnel est peu reconnu. Trop d’employés y vivent dans l’univers de la débrouille. Ces petites mains sont des “invisibles” qui doivent affronter les complexes réalités économiques. Dans cette perspective, "Ouistreham" réussit à transmettre le message pour nous faire comprendre la dureté des conditions de travail. Le personnage de Juliette Binoche y sert de fil conducteur. Il permet d’introduire le contexte et de partir à la rencontre de ces travailleuses courageuses. Leurs parcours chaotiques sont vraiment bien expliqués dans ce film.

Le scénario se base sur du vécu. Aussi est-il à la fois réaliste et très documenté. il n'y a pas de clichés. Voici la description d’une France modeste, luttant pour survivre. il y a cette galerie de personnages qui apportent des témoignages clairs. De fait, cela contribué à donner un regard plus précis sur le métier de femmes de ménage.

La mise en lumière de "Ouistreham" est convaincante. Parce que cela permet de mieux se représenter ce que peuvent être leur quotidien. Ce film se mue alors en une œuvre socialement importante. il nous fait prendre conscience que ne pouvons pas rester dans l’ignorance. Que nous devons faire la preuve de plus de reconnaissance. Même si le film n’a pas le but de dénoncer, on sent tout de même la présence d’un constat amer. Telle une sonnette d’alarme prête à être tirée. En tous les cas, le coup de projecteur porte ses fruits.

Découvrir la différence des classes

Florence Aubenas aura suivi le chemin de femmes de ménage afin d'écrire son livre “Le quai de Ouistreham”. Son personnage s’appelle Marianne Winckler. A travers elle se déroule ce récit rempli de solidarité. Cette forme d’investigation est intéressante sous plusieurs aspects. Elle permet à ce personnage de sortir de sa zone de confort et d’aller au contact d’autres classes sociales.

Juliette Binoche incarne une femme souhaitant partir vers d’autres horizons. Ses rencontres avec ces femmes l’enrichissent socialement et humainement. Il n'y a pas de différences mais plutôt une égalité apparente. Cependant, "Ouistreham" n’est pas qu’une représentation de la réalité. C’est également, et avant tout, une histoire humaine où l'on ne ressent pas l'écart entre les classes. Voilà qui apporte une touche de sensibilité à ce film qui est très immersif. Une sorte de “vis ma vie “moderne avec des femmes fortes. Emmanuel Carrère développe une mise en scène simple et au plus près de ces comédiens. Son adaptation va au-delà du documentaire, il filme une aventure solidaire et participe à la valorisation de ce métier. L’immersion de Marianne Winckler éveille les consciences. Elle rend possible toutes relations humaines.

Un mot de conclusion concernant les actrices majoritairement des amatrices. Elles sont vraiment bluffantes ! Avec une mention spéciale pour Léa Carne et Hélène Lambert qui sont vraiment exceptionnelles. Leurs prestations contribuent à la qualité de ce film. Alors, si vous aimez les films sociaux, n'hésitez pas ! Allez voir "Ouistreham" !


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