Critiques

Outland : Critique

Réalisateur au parcours plutôt honorable, Peter Hyams s'est fait remarqué avec "Capricorn One", un long-métrage politique relatant une mission factice sur Mars. Le cinéaste s'est ensuite illustré dans plusieurs registres comme le mélodrame ("Guerre et passion" avec Harrison Ford), la science-fiction ("2010", la suite de "2001"), le thriller ("La nuit des juges", "Presidio") ou le fantastique ("Relic"). "La fin des temps" résonna comme un titre prémonitoire pour sa carrière, car Hyams se fit plus rare ou dirigea des productions destinées au circuit vidéo.

"Outland" s'inscrit dans une époque où la science-fiction est redevenue populaire grâce à la saga de George Lucas. De son côté, Peter Hyams écrit un scénario intitulé Io qui transpose dans l'espace, la trame principale du western classique "Le train sifflera trois fois" mis en scène par Fred Zinnemann en 1952 avec Gary Cooper en courageux shérif abandonné par des concitoyens sous l'emprise de la peur. Hyams penche pour une ambiance oppressante proche d'"Alien" et pense à Paul Newman, Sean Connery ou Gene Hackman pour camper le héros. Le projet est d'abord rejeté par Universal avant d'atterrir dans les bureaux de Ladd Company dont le président Alan Ladd Jr. est connu pour avoir cru au potentiel de Star Wars et pour être producteur sur "Blade Runner". "Outland" est la première production de Ladd Company qui est tournée dans les studios Pinewood (près de Londres) pour un budget estimé à 16 millions de dollars et se montre innovateur en expérimentant le procédé Introvision qui améliore les trucages visuels.

"Outland" déroule un récit futuriste à la narration classique mais toujours efficace et bien équilibrée. Le film ménage quelques moments de suspense et des scènes d'action pour éviter que le spectateur s'ennuie entre deux phases d'investigations. L'atmosphère anxiogène voire claustrophobique se révèle également primordiale notamment dans la dernière partie qui s'aventure sur le terrain du polar pur où la fin du compte à rebours (un clin d'œil à l'horloge de la version western) marque le début d'une traque et d'une lutte pour la survie. En outre, la mise en scène de Peter Hyams opte pour un traitement du contexte assez sombre et pour un certain réalisme dans l'environnement industriel en misant sur la crédibilité des effets spéciaux même si la décompression est prétexte à des morts trop graphiques.

L'histoire gravite autour d'un marshall dur à cuire incarné par Sean Connery qui s'est déjà essayé à la science-fiction avec le très kitsch "Zardoz" dirigé par John Boorman. L'acteur écossais apporte des nuances et démontre une nouvelle fois après des rôles percutants dans les chefs-d'œuvre de Sidney Lumet "(La colline des hommes perdus" et "The Offence") qu'il peut interpréter autre chose que l'agent secret de sa majesté. Son charisme et la sobriété de son jeu constituent des atouts majeurs pour adhérer à la cause de ce représentant de la loi qui s'oppose à une corporation privilégiant la performance économique au détriment de la santé des ouvriers. Un redresseur de torts qui n'est pas sans rappeler l'incorruptible Malone auquel il a prêté ses traits devant la caméra de Brian De Palma. Le comédien est parfaitement entouré par les talentueux Frances Sternhagen (la scientifique Lazarus) et Peter Boyle (le cynique Mark Sheppard) qui jouent des protagonistes indispensables à la progression de l'intrigue.

Soutenu par les partitions atmosphériques de Jerry Goldsmith, "Outland" parvient à mélanger les genres de manière assez subtile et s'affiche comme un excellent divertissement bénéficiant du savoir-faire d'un réalisateur solide et de l'expérience d'un comédien de renom.

Auteur :Fabien Rousseau
Publiée avec l'aimable autorisation de la rédaction des Héros de l'Ecran
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