25 octobre 2021
Critiques

Parlez-moi d’amour : En plein coeur !

Qu'elle est loin la petite Vic qui m'a fait rêver dans "La Boum" quand j'étais ado... Qu'elle est loin "L'Etudiante" amoureuse de Vincent Lindon... Sophie Marceau a joué l'amour dans des films où nous avons tous pu nous identifier à elle (enfin, à son personnage). Aujourd'hui, avec "Parlez-moi d'amour", elle filme l'histoire d'amour d'un couple qui pourrait être la nôtre, avec tout le bonheur et toutes les fêlures propres à l'amour. Pas de doute, Sophie Marceau sait de quoi elle parle, et en plus elle le raconte avec poésie, lucidité et émotion. Parce qu'elle sait aussi bien que nous que le langage du corps est bien plus fort, bien plus expressif que le langage des mots, elle saisit les sentiments de ses personnages à travers leurs regards, leurs attitudes, leurs gestes. 

"Parlez-moi d'amour" touche par sa sensibilité, par l'intensité des liens perceptibles et imperceptibles entre cet homme et cette femme : Richard (Niels Arestrup) et Justine (Judith Godrèche) dont l'amour a donné naissance à trois garçons mais qui vivent au quotidien enfermés dans deux bulles de verre distinctes.  Si les sentiments qui les unissaient avaient la force de l'amour, aujourd'hui, ils en ont les faiblesses. Richard et Justine se cherchent mais ne se retrouvent plus… S'ils étaient amants intimes, aujourd'hui, ils sont deux étrangers qui ne se comprennent plus… Le temps parle de lui-même, comme s'il avait réussi à éroder la forteresse de l'amour. Chaque geste tendu vers l'autre est tentative avortée : on devine, on sent la souffrance et la frustration de ces deux êtres qui se déchirent.

Justine s'investit à temps complet dans son rôle de maman pour tenter d'oublier la douleur qu'éprouve toute femme quand son mari ne la regarde plus…  Richard fuit dans l'alcool, se réfugie dans l'écriture pour tenter d'oublier les choses terribles que lui rappelle sa femme dès qu'elle lui montre un peu de tendresse…  Le mur d'incompréhension dressés entre eux et leur incapacité à communiquer n'ont d'autre issue que la séparation.

Des objets, des sensations, des lieux rappellent constamment à Justine son passé : l'utilisation de flash-back révèle sa nostalgie du passé et la difficulté de changer de vie.  Pour les enfants qui assistaient au déchirement de leurs parents, trop jeunes pour comprendre les problèmes des adultes, c'est tout un monde, leur monde, qui s'écroule d'un seul coup.  Tous les membres de cette famille vont devoir, chacun à leur manière, retrouver des repères et se reconstruire. 

Drame intimiste, "Parlez-moi d'amour" est un film qui nous parle à tous, parce que cela aurait pu être nous, parce qu'il y n'y a rien de plus commun qu'une histoire d'amour. Surtout quand elle est filmée de manière vraie, sans fioritures. Mais en même temps, parce que c'est l'histoire de Justine et Richard, elle est unique : leur histoire n'appartient qu'à eux. Il y a mille façons d'aimer et de se détester… 

"Parlez-moi d'amour" est bouleversant, car il dit la difficulté pour deux êtres qui s'aiment de vivre toute une vie ensemble, comme si l'habitude émoussait les sentiments, comme si l'amour s'étiolait avec le temps qui passe… Sophie Marceau a filmé juste, faisant preuve d'une grande sensibilité, mais sans jamais tomber dans le mélo larmoyant. L'amour est-il nécessairement périssable ? Peut-on préserver l'amour de l'emprise du temps, justement parce qu'il procède d'une alchimie inexpliquée et inexplicable ?  En amour, « ce qui existe disparaît-il un jour ou l'autre, ou existe-t-il pour toujours ?... »

Auteure :Nathalie Debavelaere
Tous nos contenus sur "Parlez-moi d'amour" Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

ça peut vous interesser

Les Aventuriers des Salles Obscures : 25 septembre 2021

Rédaction

Tout s’est bien passé : L’émotion du raffinement et de la simplicité

Rédaction

Stillwater : Des apparences parfois trompeuses

Rédaction