18 novembre 2019
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Pars vite et reviens tard : La critique

Pars vite et ne reviens pas  !

Lorsque le réalisateur d'"Indochine" (Oscar du meilleur film étranger 1992 et dernier film français à avoir eu un Oscar) prend une caméra, qu'il adapte un livre de Fred Vargas, (archéologue, spécialiste du moyen âge, considérée comme une des valeurs sûres de la littérature policière française) qu'il embauche pour interpréter son héros Adamsberg, José Garcia, qu'il donnent les seconds rôles à, excusez du peu, Marie Gillain, Michel Serault, et Oliver Gourmet, que le réalisateur vous explique qu'il a soigneusement choisi ses acteurs, qu'il a pris son temps, qu'il a eu le budget ; on ne peut conclure qu'une seule chose : génial ! On va s'offrir une magnifique toile ! L'attente est hélas à la hauteur … de la déception.

Fred Vargas, à la réputation d'écrivain(e) et femme exigeante et difficile, n'a pas vu le film. Tant mieux pour elle, elle regretterez peut être d'en avoir vendu les droits. Non pas que le film soit franchement mauvais ou irregardable. Et je ne sais pas pourquoi, l'intuition me dit qu'il va sans doute trouver son public, qui, comme moi, sera plus que tenté, se dira « je m'en fiche des critiques négatives » et sera nécessairement déçu. Mais

"Pars vite et Reviens tard" n'est simplement pas bon. Il a pour personnage principal le commissaire Adamsberg. Ce dernier est un super flic, à part, solitaire, asocial sans doute, introverti, et à l'intuition à la limite du surnaturel. Il est lié à Camille. Mais le couple est en crise, et Camille quitte son surdoué de mari. Adamsberg, sans sa muse, en perd ses pouvoirs.

José Garcia, dont le talent d'acteur n'est plus à découvrir aujourd'hui (voir "Le Couperet" de Costa Gavras par exemple) et que j'aime beaucoup, n'a pas su trouver le ton de son personnage. Il sur joue globalement dans le « en dedans ».

Le film avançant, cela s'arrange un peu. Malheureusement, ce défaut d'interprétation nuit énormément puisque le film repose sur Adamsberg. Son acolyte et seul ami, Danglard, est incarné par Lucas Belvaux, qui est mauvais. Adamsberg est confronté à une étrange affaire. Des quatre à l'envers sont retrouvés tagués sur les portes de plusieurs immeubles parisiens.

Ce qui, au départ, n'apparaît que comme l'œuvre d'un artiste marginal, tourne bien vite en une énigme tortueuse, annonce d'une malédiction : La peste serait-elle de retour à Paris ? Les messages délivrés par un crieur en font la prédiction… 

Il y avait tout pour faire un très bon film : un beau casting, une excellente histoire sur fond de peurs et croyances ancestrales et une menace très actuelle. Oui, mais voilà, l'ensemble laisse un sentiment de mal fait, de mal dit et de mal ajusté.

L'interprétation de tous les acteurs est en dessous. J'étais très heureuse de retrouver l'héroïne de "LAappât" au cinéma. Fraîche, drôle, sensible et jolie, Marie Gillain a tout pour plaire. Mais d'une part, l'actrice a un rôle minime (enfin presque) et ce n'est pas tout à fait ça.

Toutefois, ce n'est rien à côté de Olivier Gourmet, pourtant toujours parfait , espérant incarner un marinier crieur/acteur, qui a roulé sa bosse. Il a plus l'allure d'un Tartarin de Tarascon (merci aussi à la costumière). Paris était visiblement trop loin de la mer…

Il reste Michel Serault, qui sauve le film de ce côté (et Nicolas Cazalé). On regrette pourtant que ce grand acteur soit encore employé dans un rôle similaire à ses précédents (mon cher rédacteur en chef a même pensé à "Belphégor", ce qui évidemment empêche toute appréciation positive…). L'impression est renforcée lorsque Decambrais/Sérault réplique : « Je suis peut être un vieux con, mais pas un malotru ».

Pour sûr, les acteurs n'ont pas toujours été aidés par les dialogues. Le film démarre pourtant très bien. L'histoire accroche et l'univers de l'étrange y est. L'originalité fait donc mouche. Des enveloppes sous les portes, des puces de rats, des meurtres, des énigmes moyenâgeuses, la multiplication des suspects, la visite d'un laboratoire à mettre la chair de poule puisqu'il contient de quoi contaminer toute la planète. L'actualité n'est pas loin (antrax, grippe aviaire, menace bactériologique au Japon). C'est la panique à Paris.

Tout cela fonctionne plutôt pas mal. Le soufflet retombe cependant bien vite lorsque finalement "Pars vite et Reviens tard" reprend le chemin d'une énigme policière plus classique avec, au surplus, un virus qui n'est pas celui de la peste.

Wargnier n'a pas poussé son sujet jusqu'au bout. La véritable crise, le coup de force aurait été d'imaginer la vraie inoculation de la maladie, qui n'a d'ailleurs pas disparu de la planète.S'ensuivent donc des choses déjà vues, mille fois racontées.

Rien de nouveau, rien qui percute. L'agacement pointe lorsque le réalisateur s'évertue à expliquer les énigmes par l'intermédiaire de ses personnages. Prend-t-il les spectateurs pour des imbéciles ou devait-il justifier son casting en offrant à chacun de ses acteurs sa petite scène ?

L'intrigue, enfin, se devine aux deux tiers du film. (Il faut noter que le film a pris ses distances avec le livre). Il ne reste plus qu'à jouer la fin : une scène ridicule entre Adamsberg et le crieur, la réhabilitation de Decambrais et la rédemption de notre Adamsberg, amoureux de sa Camille.

Quant on pense qu'il n'y a eu pas moins que cinq scénaristes sur "Pars vite et Reviens tard", la multiplication des intelligences n'a pas toujours que du bon.

"Pars vite et Reviens tard" est quand même bien filmé, esthétiquement très beau avec notamment un regard intelligent sur Paris et visuellement parfait, à l'exception toutefois d'un flou artistique représentant les intuitions de Adamsberg avec lequel je n'ai pas vraiment accroché.

L'ambiance du film est maintenue m'empêchant de le condamner, parce que malgré tout cela, il fonctionne quand même moyennement. Mais quelle déception !

Auteure :Magali Contrafatto
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