7 décembre 2021
Archives Critiques

Pars vite et reviens tard : Peste sur la ville

O.K., si on a connu les années 80 et les films d'Aldo Maccione, le titre peut faire penser au plus indésirable come-back possible. Ensuite, à regarder au synopsis de "Pars vite et reviens tard", les craintes s'envolent (pas très loin, mais bon), mais on se demande si le très calme Régis Wargnier ne s'est pas envoyé les intégrales de Christophe Grangé et de Maxime Chattam avant de donner le premier coup de manivelle de son nouveau film.

Quoi qu'il en soit, curiosité étant, on se demande bien quel traitement il peut donner au thème du thriller urbain après un "Man to man" convaincant et un "Indochine" qui reste au panthéon du cinéma français.

José Garcia dans un rôle de commissaire, c'est du jamais-vu, certes. Comme suite logique à sa récente incursion dans les rôles sérieux et plus psychologiques, il fallait le faire passer un jour par la case flic (tous les acteurs français populaires y ont le droit  une fois au moins dans leur carrière).

Bref, avec pas moins de 5 scénaristes pour peaufiner les personnages, le scénario de "Pars vite et reviens tard" (dont Julien Rappeneau qui a œuvré sur "36, quai des orfèvres") et un réalisateur ayant déjà fait ses preuves en dirigeant des « grands » (Deneuve, Trintignant, Rochefort…), la marge d'erreur est tout de même limitée.

Sobre, peu parlant, jouant sur un parallèle entre un Paris contemporain et une France du Moyen-âge, « pars vite et reviens tard » est un peu au thriller psychologique ce que le Champomy est à la soirée « Grand cru » : on y gouttera que par erreur.

L'habillage a tout de ses semblables : personnages mystérieux, torturés, une image sombre, un scénario étayé le tout rehaussé d'une réalisation habilement adaptée au thème (fini les longs panoramiques, même si Régis Wargnier n'aime toujours pas filmer les intérieurs).

Ce qui flanche au final, c'est ce détachement général par rapport à l'histoire, comme si une fois les bases du scénario posées, il ne s'agissait plus au le réalisateur que de mettre à la queue-leu-leu les éléments permettant de progresser dans l'enquête sans se soucier de la cohérence des scènes entre elles, de la progression logique, ou encore de l'importance de certains personnages, personnages dont la discrétion de certains à l'écran ne fait que rendre plus apparents.

A une époque où "Les Experts" règnent par leurs enquêtes minutieuses, il est presque risible de voir un inspecteur ausculter sans protection un corps soupçonné d'être porteur d'un virus mortel, idem pour ce qui est des interrogatoires des témoins ou suspects, ici réduit à quelques questions évasives.

Non, vraiment pas de quoi crier au renouveau du polar français avec "Pars vite et reviens tard", même si on considère la peste comme le personnage central, les personnages secondaires étant tout bonnement bâclés (de Lucas Belvaux à Olivier Gourmet hormis Michel Serrault) et les dialogues exagérément simplistes.

Les spectateurs les plus aguerris y verront même des emprunts flagrants aux films de Michael Mann ("Le 6ème sens", "Heat"), tant visuellement que dans la psychologie du personnage principal.

Régis Wargnier rate le coche, et même si son film n'est pas complètement inintéressant, il accuse une lourdeur qui ruine ses maigres qualités. Très décevant !

Auteur :Julien Leconte
Tous nos contenus sur "Pars vite et reviens tard" Toutes les critiques de "Julien Leconte"

ça peut vous interesser

Des hommes : l’Algérie comme fardeau

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 05 juin 2021

Rédaction

Le Caméleon : La série

Rédaction