22 janvier 2022
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Pas sur la bouche : Une comédie musicale pétillante.

Adaptation cinématographique de l'opérette du même nom, « Pas sur la bouche » est une comédie musicale qui refuse délibérément de se prendre au sérieux et cherche juste à amuser la salle. Légère, frivole, pétillante et sautillante, « Pas sur la bouche » s'apparente même davantage à une pièce de théâtre en 3 actes mêlée de chansons, et qui finit par tourner au vaudeville. L'histoire repose sur un secret mais n'a en soi rien d'extraordinaire : Georges Valandray, métallurgiste fortuné, ignore que sa femme Gilberte a déjà été marié à un américain. Or il se targue d'être le premier mari de Gilberte. Mais lorsqu'une coïncidence amène les 2 maris à se rencontrer, et ce sous le toit des Valandray où les cancans vont bon train, toute la maisonnée s'anime… Tel est le prétexte pour voir les acteurs pousser la chansonnette.

Jeu de théâtre, d'amour et de hasard, spectacle effervescent où les personnages entrent, sortent, nouent et dénouent des relations entre eux, « Pas sur la bouche » mise sur l'esthétique de séduction immédiate. Si les passages entre l'histoire racontée et les parties chantées coulent de manière relativement fluide, en revanche, certains passages en chanson s'éternisent, enchaînant des ensembles couplets-refrains montés en série. Du coup, ils paraissent un peu trop lisses et perdent de leur intérêt. Et c'est là le grand bémol qu'on puisse mettre au film : amputé d'une bonne demi-heure (au niveau du deuxième acte qui manque sérieusement de consistance), l'ensemble aurait gagné en intensité et en rythme. C'est vraiment dommage car cette défaillance déséquilibre fortement le film. A tel point qu'on en oublierait presque les dialogues bourgeois mâtinés d'insinuations libidineuses et l'exposé burlesque de la théorie de Gilbert Valandray sur la fidélité conjugale : il faut voir Pierre Arditi affirmer haut et fort la similitude entre la fusion des métaux et la « fusion » de la femme avec son premier mari !

Question casting, y a du beau monde qui se bouscule au portillon : Pierre Arditi donne à Gilbert Valandray une mâle assurance; Sabine Azéma, mi-garce mi-victime, joue la perversité de la femme (Gilberte Valandray) à la perfection; Audrey Tautou nous éblouit de sa fraîcheur d'ingénue tandis qu'Isabelle Nanty ne se rate pas dans le rôle de la vieille fille. Lambert Wilson est méconnaissable dans le rôle de l'américain. Mais découvrir Darry Cowl dans le rôle de la concierge Madame Foin, caricaturée à souhait, c'est trop fort : Darry Cowl prend visiblement un plaisir "énôôôrme" à incarner ce personnage secondaire qui a été particulièrement soigné. Néanmois,  la présence forte de tous les acteurs, qui donnent corps à leurs personnages avec beaucoup de justesse, n'efface pas la durée interminable de certaines chansons. L'ennui n'est pas loin…

Au troisième acte, on attendait l'apothéose. Cependant, à part un rythme plus entraînant, la fin est sans surprise : le rideau se ferme sur la naissance d'idylles et la résolution des conflits. Alain Resnais passe à côté de ce qui aurait pu être une belle et joyeuse opérette cinématographique. Et c'est d'autant plus regrettable qu'on plonge avec délice dans l'atmosphère surannée des années 20 où l'aristocratie ne manque pas d'humour et fait fi du sérieux culturel.
Auteur :Nathalie Debavelaere
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