Critiques

Passengers : La critique du film

Ce mois de décembre aura été très généreux en science-fiction dans les salles françaises : "Premier Contact" au début du mois, "Rogue One : A Star Wars Story" au milieu, "Assassin's Creed" la semaine dernière... Et "Passengers" depuis le 28 de ce mois.

Cette fois-ci, il s'agit d'une superproduction à 110 millions de dollars qui fait presque figure d'anomalie dans le paysage cinématographique actuel : sans rien adapter et sans être le dernier de la portée d'un quelconque studio d'animation hollywoodien, le dernier blockbuster de l'année 2016 compte se vendre principalement autour de ses acteurs principaux, Chris Pratt et Jennifer Lawrence. Ayant tous les deux occupé une place majeure dans le casting de plusieurs films récents ayant réalisé des recettes à neuf chiffres outre-Atlantique; "La Grande Aventure Lego", "Les Gardiens De La Galaxie" et "Jurassic World" pour le premier, quatre "Hunger Games", trois "X-Men" et deux films de David O. Russell pour la seconde ("Happiness Therapy" et "American Bluff").

Les deux comédiens occupent donc une place de choix parmi le gratin d'Hollywood depuis le début des années 2010 et bénéficient d'un énorme capital sympathie, en particulier aux Etats-Unis. Hélas, la combinaison de leurs popularités respectives n'a pas empêché la dernière réalisation de Morten Tyldum de démarrer bien en-dessous des prévisions la semaine dernière aux Etats-Unis, confirmant qu'il est aujourd'hui très difficile de faire un succès au box-office avec un film dont le principal argument de vente repose sur sa ou ses tête(s) d'affiche. Sa réception très froide par le public peut constituer l'une des premières explications à cette déception commerciale : 31% de critiques positives sur le site Rotten Tomatoes ! 41% sur Metacritic... Qu'il est loin, l'enthousiasme autour de la précédente réalisation de Morten Tyldum, "Imitation Game". Quand un film vise principalement un public adulte, les critiques sont cruciales pour les résultats en salles.

Force est d'admettre que, en dépit de la qualité de jeu de ses interprètes et de leur alchimie, "Passengers" est une romance de science-fiction particulièrement lisse, prévisible et qui ne fait rien des thèmes auxquels elle pourrait s'attaquer en plus de traiter son histoire centrale sur un ton inadapté. La direction artistique, bien mise en valeur par une photographie très propre, cite sans vergogne Kubrick (ils vont jusqu'à reprendre le bar de "Shining") et "Wall-E" (Thomas Newman compose d'ailleurs la musique des deux films et on le sent un peu trop) sans jamais dépasser le stade de la référence pure et simple comme en témoigne la mise en scène qui, hormis lorsqu'elle désactive la gravité dans une piscine, se contente d'illustrer le déroulé des événements avec peu de singularité. D'ailleurs, l'inspiration kubrickienne n'est qu'une façade puisque la froideur et la sophistication des décors ne sont non seulement jamais exploitées pour nous ressentir l'angoisse des personnages face à un cadre aussi déshumanisé, mais ne se basent en plus jamais dessus pour construire sa propre proposition ou ne le font en tout cas jamais de manière suffisamment forte.

Le scénario de "Passengers" semble s'être fixé comme objectif principal de ne jamais sortir le spectateur de sa zone de confort comme si il s'agissait d'une pauvre petite chose fragile incapable de supporter qu'une oeuvre suscite sa réflexion ou le déstabilise émotionnellement. Il y a un côté très kafkaïen dans le fait de se retrouver seul dans un vaisseau entièrement automatisé mais on préfère se contenter de faire juste quelques blagues avec des interfaces incapables de satisfaire la demande de personnage et qui le remercient quand il les engueule. Un an et trois semaines de solitude doit avoir des répercussions terribles sur la santé mentale d'un être humain habitué à interagir avec les autres, surtout quand il sait que le restant de ses jours ressemblera à cela quand bien même il le passera dans un cadre luxueux avec un bar, un restaurant, une piscine, un terrain de basket, etc.

Ça pourrait amener un propos intéressant sur les relations sociales et l'existence en plus de nous plonger dans la psyché du personnage mais on préfère résumer ça à un montage rapide où il s'amuse dans le vaisseau avant de le voir d'un coup déprimé sans aucune transition. Toutefois, le principal défaut de l'écriture repose sur l'élément déclencheur du réveil de l'un des personnages : en plus de rendre la romance prévisible, la narration glisse sur sa dimension dysfonctionnelle en la traitant comme si il s'était réveillé par hasard et que la relation qui unit les protagonistes était totalement naturelle et saine. Comme pour témoigner une dernière fois de l'incapacité de "Passengers" à traiter son sujet, le film sort de son chapeau au bout d'une heure dix une excuse pour mettre le vaisseau en péril et faire dans le spectaculaire inutile.

"Passengers" a une base suffisamment intéressante pour justifier sa présence dans la Black List d'Hollywood (la liste des scénarios les plus appréciés mais pas encore produits par un studio). En dépit d'une façade très jolie à regarder, ainsi que d'un duo des talents qui nous rappelle une fois de plus que Chris Pratt et Jennifer Lawrence ne volent pas le sympathie que les spectateurs éprouvent pour eux, ça ne se hisse jamais au-delà de la reproduction esthétique et ça se soucie plus de caresser le spectateur dans le sens du poil que d'exploiter un potentiel qui aurait pardonné une histoire cousue de fil blanc.
Auteur :Rayane Mézioud
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