28 février 2020
Critiques

Pension Complète avec Gérard Lanvin : La critique

Que le cinéma français, grand pourvoyeur devant l'éternel d'accidents industriels que personne n'essaie en coulisses de remettre sur les rails (surtout pas les rentiers d'un système de production défectueux qui encaissent leurs chèques avant même que ne soit donné le premier coup de manivelle) nous gratifie d'une nouvelle casserole à accrocher à son effigie avec "Pension Complète" pour finir l'année, rien de surprenant !

Qu'il s'agisse d'une énième comédie surproduite avec un duo de stars louant leur siège à l'année sur les plateaux de toutes les émissions promos, c'est la routine qui confirme une nouvelle fois ses droits. En revanche, retrouver le nom de Florent Siri crédité au poste de réalisateur "Pension Complète", ce genre d'entreprise, s'avère surprenant, pour ne pas dire hautement décevant. Pas seulement parce que le cinéaste, qui alignait jusque là un sans-faute éblouissant, vient de signer son premier véritable mauvais film. Mais parce qu'en montrant une nouvelle fois patte blanche à un système qui se fait un point d'honneur à lui témoigner son indifférence, Siri fait défaut à sa conception d'un cinéma populaire ambitieux, dont  l'accessibilité s'articule constamment dans le sillage d'une exigence artistique rarement reconnues dans nos contrées.

Le constat pourrait sembler sévère, tant il est évident que "Pension Complète", vague remake de "La Cuisine au Beurre" qui « narre » la bataille que se livre un Gérard Lanvin, vieux beau roublard, à un Franck Dubosc monomaniaque caractériel pour la femme et le restaurant de ce dernier, est émaillé de soucis de production qui dépassent la seule responsabilité du réalisateur. Le silence radio de Siri, habituellement prolixe quand il s'agit de défendre  ses films, depuis l'annonce du début des prises de vues résonne alors comme une confirmation tacite de l'intuition qui se formait devant le résultat.

Enchaînement abrupt de séquences qui semblent raconter une histoire différente de la précédente, montage chaotique qui flingue les dispositifs scéniques affectionnés par le réalisateur, caractérisation incohérente des personnages, etc. Bref, tout renvoie dans "Pension Complète" aux effluves d'une production ayant viré à la zone de guerre, aboutissant au découragement manifeste d'un réalisateur démissionnaire de son propre film.

Soyons clairs : "Pension Complète" a beau ne pas être défendable en l'état, ses coquilles se portent comme les stigmates des conflits ayant émaillé sa production, quand nombre de comédies françaises arborent sans complexes le je m'enfoutisme satisfait de ses instigateurs. Et de fait, il arrive à Siri d'afficher épisodiquement des sursauts d'orgueils, lorsque ses acteurs habitués au cabotinage autocentré se mettent au service des chorégraphies scéniques visant à provoquer le rire avec des moyens purement visuels... Soit exactement ce que l'on pouvait attendre du réalisateur sur un tel projet, torpillé par le nivellement par le bas auquel tout le monde semble avoir souscrit. Y compris Siri lui-même, qui semble ne plus avoir que son professionnalisme pour lui lorsqu'il met en scène un gag digne d'un sketch de Cyril Hanouna comme s'il s'agissait d'une scène des "Dents de la Mer".

C'est peut-être ça l'impression la plus rageante émanant de la projection : que celui qui s'est affirmé comme le plus grand réalisateur français des années 2000 (à l'insu du public et de la critique malheureusement) ait lui même consenti à devenir l'un des maillons interchangeables de la chaîne alimentaire du cinéma français qui ne nourrit que ses caciques.

Auteur :Guillaume Meral
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