20 octobre 2020
Critiques

Personal Shopper : Ode à Kristen Stewart

Maureen est une américaine débarquée à Paris dans l'espoir d'un signe. Celui de son frère jumeaux, disparu trois mois plus tôt d'une crise cardiaque. Pour payer son loyer, la nonchalante n'a d'autre choix que d'être Personnal Shopper pour une certaine Kyra.  Actrice ? Mannequin ? Starlette de télé-réalité ? Il est déjà difficile pour Olivier Assayas de prendre la peine de la filmer, alors n'en demandez pas tant…

Car celle qu'il sublime, qu'il suit, dans chaque plan, chaque train, de près ou de loin sur son scooter, c'est bien Maureen, alias Kristen Stewart. Etrange comme son teint fantomatique et sa bouche constamment ouverte bouffe l'écran. Son absence, comme une âme éteinte, la rend monstrueusement photogénique. Ses cheveux gras. Ses vêtements chinés aux puces de Saint-Ouen. Ses petits seins. Rien n'est laissé au hasard. Et plus la jeune fille est éreintée par le luxe qu'elle côtoie, plus on comprend qu'elle le jalouse, le convoite, plus si secrètement. Blasée par sa propre faiblesse et sa matérialité, elle devient presque irréelle. Comme si le deuil de son frère ne suffisait pas…


Spectral suspens

Tout est fait pour qu'on s'inquiète pour l'égérie Chanel. L'épée de Damoclès qui plane, à l'instar des malfaisants ectoplasmes, au-dessus de sa tête tout d'abord. On le sait d'office, elle souffre de la même malformation cardiaque que son feu frère. Ensuite, ses confrontations contre les défunts, presque ordinaires. Et bien sûr, cet harceleur par message interposé. Jamais l'interface d'un IPhone n'aura autant squatté l'écran, c'est certain.

Olivier Assayas rêvait d'un thriller haletant, entre le policier pragmatique et le mystique onirique. Problème, il n'arrive pas à se décider et la pression s'arrête là. La bande-son a beau s'affoler, les yeux verts de Kristen s'écarter, il n'en est rien. Le spectateur ne ressent pas tout l'enjeu de ces confrontations post-mortuaire avec les individus encore de chair.

Si le réalisateur réussi avec brio sa critique du monde de luxe, qu'il semble autant répugner que fantasmer (on cherche toujours à sa procurer la garde-robe de Juliette Binoche dans "Sils Maria"), il se perd néanmoins dans la suite du cahier des charges. A l'instar de "Planétarium", bien qu'il demeure un cran au-dessus, "Personnal Shopper" n'est rien d'autre qu'un très, très bel écrin. Décidemment, à quand un réalisateur capable de nous faire croire aux médiums et même un peu plus ?
Auteur :Mélissa Chevreuil
Tous nos contenus sur "Personal Shopper" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"