24 octobre 2021
Critiques

Petite maman : Un charme déconcertant

Par Clara Lainé


Nelly a huit ans et vient de perdre sa grand-mère. Elle part avec ses parents vider la maison d’enfance de sa mère, Marion. Nelly est heureuse d’explorer cette maison et les bois qui l’entourent où sa mère construisait une cabane. Un matin la tristesse pousse sa mère à partir. C’est là que Nelly rencontre une petite fille dans les bois. Elle construit une cabane, elle a son âge et elle s’appelle Marion. C’est sa Petite maman.

Rarement un film m’a paru aussi long ce qui est d’autant plus surprenant que le format est particulièrement court (une heure douze). Toutefois, ne tirez pas de conclusions hâtives de cette introduction, car Petite maman est un diamant brut qu’il faut prendre le temps de tailler pour savourer toute sa subtilité. En effet, bien loin de moi l’idée de vous inciter à passer à côté du nouveau film de Céline Sciamma : bien au contraire, il vaut le détour et me conforte dans l’idée que cette réalisatrice est l’une des meilleures de sa génération.

Un scénario en deçà de la réalisation

Avant d’aborder le fond, quelques mots sur la qualité de la mise en scène : une luminosité magnifique, un décor onirique, une photographie époustouflante… Les mots manquent pour décrire la beauté du décor dont l’ambiance rappelle les années 80. Rien à redire sur cette atmosphère charmante, à la limite du conte : les séquences dans la forêt confèrent une saveur particulière à l’histoire qui oscille sans cesse entre magie suggérée et réalité éludée.

Pour autant, la merveille de la caméra de Céline Sciamma n’empêche pas au scénario de s’essouffler à plusieurs reprises, contraignant ainsi le spectateur à faire preuve de patience : il faut supporter de rester sur la touche et de subir l’extrême lenteur narrative pour apprécier au mieux l’intelligence de cette histoire une fois que l’on y repense. En effet, Petite maman est un film qui se digère : difficile d’avoir une opinion tranchée lorsque le défile. En revanche, plus on repense à ce drame tout en retenue, plus on le considère comme un petit bijou.

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Joséphine Sanz et Gabrielle Sanz - Copyright Pyramide Films

Cet emballement est largement dû à la présence de Joséphine San et de Gabrielle Sanz : les deux petites filles (sœurs dans la vie) délivrent une performance à couper le souffle. Outre la beauté de leur relation qui crève l’écran, leur jeu est d’une justesse absolue, ce qui est d’autant plus appréciable que pas un seul instant elles ne tombent dans l’écueil de l’étalage un peu grandiloquent.

Un Climax qui change tout

Céline Scialmma a su capter l’enfance à son état le plus brut et répond admirablement à cette question universelle : comment concevoir qu’avant d’être adultes, mes parents ont un jour été des enfants ?

L’autre point fort du long-métrage réside dans la sobriété qui émane de l’intégralité des séquences : la réalisatrice traite les thèmes de l’identité, du deuil ou encore de la figure parentale avec une pudeur extrême, au point que le spectateur se sent parfois voyeur ; c’est comme si on ne se sentait pas légitime à avoir accès à une intimité de cette envergure.

Pour finir, le climax de Petite maman est aussi déconcertant que puissant : c’est grâce à ce dernier que le film passe du statut d’oubliable à celui de brillant. Un conseil : évitez de vous faire spoiler Petite Maman, vous diminueriez son intérêt de moitié. Et surtout, laissez votre âme d’enfant prendre les commandes : c’est à elle que Céline Sciamma s’adresse dans cette œuvre, que je qualifie sans hésiter de petit bijou.

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