19 janvier 2020
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Photo Obsession avec Robin Williams : La critique du film

Mark Romanek, inconnu au bataillon des réalisateurs, réussit, à travers une idée géniale qui ne sent pas le réchauffé (ces derniers temps, ça ne court pas les rues), un film terriblement prenant sur la solitude : "Photo Obsession" nous fait envisager le pire de la solitude, parce que la solitude subie n'est jamais bien vécue. "Photo Obsession" est bluffant par bien des côtés.

D'abord, on ne s'attend pas à voir Robin Williams, le clown de service, jouer le rôle de Sy, personnage seul, étrange, et inconscient des troubles affectifs qui altèrent son comportement. Et franchement, chapeau car son interprétation de Sy est si juste qu'on se laisse prendre... Robin Williams réussit à transmettre l'essentiel de la personnalité de Sy à travers des attitudes, des gestes insignifiants, des regards sans se servir des dialogues; mais surtout, il parvient de manière exceptionnelle à briller par la façon dont il s'efface.

D'ailleurs, le réalisateur n'avait pas besoin d'user de procédés techniques pour montrer, de manière trop exagérée pour paraître naturelle, la solitude de Sy, comme lorsqu'un mouvement de caméra oppose radicalement Sy, seul au comptoir à la pause déjeuner, et le reste des employés, attablés par petits groupes dans une ambiance conviviale et ne prêtant pas la moindre attention à Sy. Robin Williams fait parfaitement ressentir la solitude de son personnage sans avoir besoin du renfort de la technique qui sonne faux dans un tel cas.

A la fois commun et hors du commun, transparent et rempli d'ombre, on ne sait de quoi Sy est capable. L'étrange distance dans le regard de Sy fait froid dans le dos. L'incertitude quant à son comportement plane, pesante et omniprésente : la folie criminelle sous-jacente peut surgir à chaque instant, l'obsession de ce type ordinaire qui s'adonne à une passion peu ordinaire fera-elle de lui un criminel ? La vraie vie lui procurera-t-elle finalement son ticket pour l'enfer ?

Ce sentiment de sentir la folie meurtrière prête à jaillir de l'ombre comme un poignard dans le dos est perturbante d'autant qu'elle est renforcée par cette lumière blanche qui nous aveugle, envahit l'écran et nous happe. Cette lumière plus blanche que blanche si c'est possible rend l'image, et par là même l'atmosphère, suffocantes.

L'obsession de Sy pour la photo habite le film tout entier, comme si Sy lui-même était une forme sombre qui se détachait sur un fond lumineux, semblable à celui du négatif d'une pellicule photo : bien que banalement fondu dans le décor, il est l'élément récurrent du film, et par sa seule présence, il crée un malaise indicible. C'est vraiment époustouflant !

Il n'y a pas à dire, Mark Romanek réussit un film où la tension est telle qu'elle atteint à diverses reprises son point de rupture. Il se sert, à bon escient, de la complexité, du paradoxe, de la duplicité, de l'apparence et des démons intérieurs de la nature humaine.

Au fait, vous, vous connaissez le type qui développe vos photos de vacances ?

Auteure :Nathalie Debavelaere
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