8 décembre 2019
Critiques

Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar : A l’abordage moussaillons !

A l'heure du tout-franchisé, il n'y a aucune raison pour que les vétérans ne s'en paient pas une tranche eux-aussi ! C'est ce qu'ont dû se dire Jerry Bruckheimer et Johnny Depp avec "Pirates des Caraïbes", locomotive commune de deux carrières qui piquent sérieusement du nez depuis quelques années. Si on mesure sans difficultés l'enjeu de ce cinquième épisode pour un Johnny Depp dont les récentes mésaventures privées et professionnelles ne sont un mystère pour personne, il ne faut pas oublier le cas du producteur-star qui ne trône plus sur le toit d'Hollywood depuis bien longtemps. Survivant sur ses succès vieillissants à la télévision et en manque d'un vrai carton au cinéma pour faire oublier ses déconvenues cinglantes ("Strictly Criminal" et "Lone Ranger"), Bruckheimer joue gros. Très gros même, si on considère le budget absolument délirant (320 millions de brouzoufs hors promo !!!) alloué à cette nouvelle aventure du flibustier cabotin.

Vous l'aurez compris, "Pirates des Caraïbes 5" n'avait pas le droit à l'erreur. Dès lors on imaginait mal comment le duo de réalisateurs danois dépêché aux manettes de cet opus, probablement sur la base du très bon accueil recueillit par leur film d'aventures maritimes réalisé dans leur pays natal (Kon-Tiki), allait s'y prendre pour dompter le Kraken. Et alors que tout semblait se diriger vers une reconduction fainéante mais sécurisante des codes de la franchise, ce "Pirates des Caraïbes 5" réussit ce qu'on pensait impossible : surprendre.

On commence pourtant dans les clous, avec une mise en place qui rejoue la ritournelle habituelle : introduction du méchant (l'excellent Javier Bardem, meilleur bad guy de la franchise haut la main et prouesse technique de toute beauté), installation burlesque des enjeux, Jack Sparrow en capitaine déchu qui va devoir une nouvelle fois reconquérir sa légitimité… Bref, tout semble réuni pour conserver la licence dans sa zone de confort. Y compris le duo de jeunes premiers censés prendre la suite d'Orlando Bloom et Keira Knightley

De fait, ce n'est pas tant dans les codes de la saga mais dans leur articulation que Joachim Ronning et Espen Sandberg procèdent aux ajustements que POTC n'avait jamais jugé bon d'opérer, juché sur le piédestal qui est le sien dans l'opinion publique depuis 13 ans. Le parti-pris le plus révélateur (et salutaire) de cet épisode réside sans doute dont la remise en cause de l'hégémonie du personnage de Johnny Depp, dont le star-power déclinant le rendait fatalement vulnérable à ce genre de coup d'état. Cas unique où une franchise à plusieurs centaines de millions faisait reposer ses fragiles édifices narratifs sur les épaules du protagoniste le plus désinvolte et détaché, POTC réajuste le viseur. Davantage témoin de l'action (même s'il sert de prétexte à lancer l'intrigue) que héros de son déroulement, Jack Sparrow retrouve le rôle périphérique qui aurait dû être le sien depuis le début. A savoir un agent du chaos venant perturber le cours des événements par sa présence cartoonesque, qui croise les autres protagonistes sans jamais évoluer dans la même dimension qu'eux.

Ce faisant, "Pirates des Caraïbes 5" accède enfin au semblant de consistance qui lui faisait défaut depuis le premier épisode. Même si on peut trouver un intérêt variable aux petits nouveaux qui occupent le devant de la scène (impeccable Kaya Scodelario, falot Bredan Thwaites), le film profite à plein du savoir-faire de son binôme à la réalisation. Pourvues d'idées scéniques relançant l'action en permanence, le film vire dans sa dernière heure au roller-coaster ininterrompu. Tel un bloc scénique homogène avançant tête baissée vers son climax, "La Vengeance de Salazar" renvoie parfois à du petit Peter Jackson sur dans cette poursuite d'une continuité scénique effrénée, même si la virtuosité du neo-zélandais fait défaut dans l'exploitation parfois chiche de postulats prometteurs. Les personnages se voient même gratifiés d'une densité émotionnelle inattendue et inédite jusqu'alors, bien que ce soit parfois au prix de sous-intrigues rajoutées à la vas-y comme je te pousse.

Au final, "La vengeance de Salazar" s'impose sans difficultés comme le meilleur épisode d'une franchise qui a enfin trouvé le moyen de revendiquer ses origines foraines (le parc d'attraction Disney dont il est tiré) sans le faire au détriment des considérations cinématographiques. Avec "Kong : Skull Island", LE blockbuster qui fait plaisir de cette première moitié 2017.
Auteur :Guillaume Meral
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