22 février 2019
Critiques

# Pire soirée : Scarlett en campagne

Visiblement pas fatiguée de servir de véhicule à stars jouant l'élan d'une autodérision bien factice pour mieux polir leur image de marque (on a encore des irritations au souvenir de De Niro en plein concours de flatulences avec Zac Efron dans "Dirty Papy"), la comédie américaine est aujourd'hui prise d'assaut par une Scarlett Johansson désireuse d'entretenir sa fan-base. Bien décidée à bousiller ce qui reste au genre de spontanéité pour faire plaisir à son agent, ScarJo coche toutes les cases de validation culturelle qui permettent à une pochade bien trash d'être prise au sérieux : high-concept porteur (ici méchamment pompé au "Very Bad Thing" de Peter Berg, mais c'est pas bien grave), quelques marqueurs de progressisme pour flatter l'air du temps (histoire d'amour lesbien et scène de ménage à trois), une louche de gags crades pour montrer qu'on rigole des tabous… Et évidemment, esprit « girl power » revendiqué parce que « tu comprends, c'est un film de fille, et que who run the world, hein ? »

Pas peu fière de prendre son féminisme de CSP + à bras le corps, Scarlett va même jusqu'à partager avec nous ses opinions politiques en campant une simili Hillary Clinton en campagne pour le Sénat, mais malmenée dans les sondages par son adversaire républicain beauf qui poste des photos de sa bite sur Internet (ALERTE PARABOLE !!). Forcément, la workaholic a besoin de souffler, et quoi de mieux que l'enterrement de vie de jeune fille avec ses amies de fac pour décompresser un coup dans la moiteur de Miami Beach. Problème, good girl gone too wild quand un stripteaser passant de vie à cadavre vient légèrement compliquer leur soirée et les plans de carrière de madame. Girls just want have fun, but they pick up drama.

Sur un programme qui ressemble à ce que seraient surement devenues les Spice Girls si elles avaient survécu aux cours d'écoles pour s'essayer aux rails de coke dans les toilettes du lycée, Pire soirée parvient dans un premier temps à nous promener sans trop de difficultés. Les Ms Loyal Jillian Bell et Kate McKinnon assurent la partie sidekick, les caméos fendarts épicent la sauce (Ty Burrell et Demi Moore en couple de libertins en goguette), et d'une façon générale le casting fait preuve de suffisamment d'alchimie pour rendre les personnages attachants. On saluera même l'effort d'écriture fourni pour justifier l'engrenage dans lequel plongent les personnages en essayant de gérer une situation ingérable. Même si, on le sent, ce n'est une question de temps avant que tout ne se casse la gueule.

Pas vraiment disposé à malmener sadiquement ses personnages comme pouvait le faire Peter Berg sur "Very Bad Thing", on pressent que "# Pire Soirée" est destiné à se heurter à l'impasse inhérente à son concept. Sans sacrifier sa bienveillance consensuelle vis-à-vis des protagonistes, impossible pour la réalisatrice de faire autrement que de recourir au twist improbable, option posture morale malaisante pour légitimer la présence d'un cadavre que les copines essaient de faire disparaître depuis une heure. Bingo ! C'est sans surprise que le film termine royalement dans les choux, après une grosse demi-heure à pédaler dans la semoule à force de repousser artificiellement l'inéluctable. Tout s'arrange pour le mieux au royaume des upper-class insouciantes et indolentes qui checkent le spectateur soulagé d'apprendre que toutes les vies ne se valent pas.

En prime, on aura droit à Scarlett Clinton passer en mode Black widow pour abattre quelques prototypes de fascisme masculin qui nous oppresse, avant de gagner les élections avec son selfie de super-copines prouvant à l'électorat qu'elle aussi, elle sait comment s'éclater en plus d'en avoir dans le falzar. Bref, votez Donald Trump !
Auteur :Guillaume Méral
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