Critiques

Placés : L’humain au premier plan

Par Clara Lainé


"Le cinéma, c'est un stylo, du papier et des heures à observer le monde et les gens". Rarement cette citation de Jacques Tati n’aura autant pris de sens que lorsque j’ai visionné "Placés
", le premier long-métrage de Nessim Chikhaoui.

Derrière le scénario de "Placés", il y a la vie et notamment la sienne. Parce que le CV du réalisateur ne contient pas uniquement la mention « co-scénariste de film "Les "Tuche" ». On peut aussi y découvrir son passif d’éducateur.

Elias, Adama, Michelle, Mathilde et Cécile, ce sont un peu lui. Et Viorel, Emma et tous les autres, ce sont un peu les jeunes qu’il a croisés tout au long de sa carrière professionnelle (qui empiète d’ailleurs bien souvent sur le personnel, comme la plupart des métiers dans le social). Ce film réhumanise « les cassos », « les assistés ». Bref, ces enfants placés en foyer sur lesquels pèsent bien trop de clichés. Je craignais la caricature. Je crois bien que c’est cette posture d’ancien éducateur qui a permis à Nessim Chikhaoui d’éviter cet écueil. Il oscille sans cesse entre humour et drame. Le tout sans jamais se départir de dialogues diablement efficaces.

Mais, au-delà de ces répliques piquantes, il faut citer le talent des acteurs qui contribue indéniablement à la qualité du long-métrage. Par exemple, Shaïn Boumedine, révélé par Abdellatif Kechiche, est aussi juste que charismatique. Son duo avec l’actrice Nailia Harzoune fonctionne à merveille. Malgré la lourdeur du sujet, l’empathie et l’espoir sont toujours au rendez-vous. Par ailleurs, j’ai été interpellée par la performance de Lucie Charles-Alfred. Le jeu de cette dernière m’a beaucoup fait penser à celui d’Adèle Exarchopoulos. A mon humble avis, l’interprète d’Emma n’a pas fini de faire parler d’elle…

Il est à présent temps de passer aux quelques bémols qui m’empêchent de qualifier ce feel-good movie de totale réussite. Tout d’abord, il n’est pas exempt de bons sentiments. Non pas que je me plaigne de la présence d’ondes positives mais j’ai parfois eu la sensation que ce « dosage » entre légèreté et pesanteur était un peu trop superficiel.

Deuxième regret : les séquences extrêmement prévisibles. Pas besoin d’être un grand cinéphile pour savoir où le scénariste nous emmène tant le fil conducteur est évident. Pour autant, cela n’enlève rien à la vitalité et à la puissance de "Placés". Car, si la forme pèche parfois, le fond, lui, demeure toujours qualitatif. On s’émeut de la relation qu’Elias noue avec les jeunes, d’autant plus que la complexité de tels liens n’est jamais sous-estimée. On doute et on s’indigne avec lui. En définitive, on est happé par le personnage et par la vie du foyer dans lequel il évolue.

Pour conclure, Nessim Chikhaou peut être fier de son œuvre. On tient là un film français crédible qui expose de l’intime avec tendresse et nuances. C’est suffisamment rare pour être souligné et encouragé. Parvenir à ainsi transposer une réalité sociale sur le grand écran avec une telle authenticité, ça s’applaudit.

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