Critiques

Polisse : Coup de poing !

C'est un film coup de poing, dont on ressort pourtant revigoré. Le "Polisse" de Maïwenn nous emmène au coeur de la Brigade de Protection des Mineurs. Entre hommage et pur cinéma, un OVNI à voir absolument.Le nouvel opus de Maïwenn Le Besco, présenté à Cannes en mai dernier, est un OVNI qui nous réconcilie avec le cinéma d'auteur français.

On avait déjà aimé la caméra vérité de Maïwenn dans son "Pardonnez-moi", elle revient cette fois avec un sujet pour le moins étonnant : le quotidien des policiers de la Brigade de Protection des Mineurs. Un groupe où se jouent des drames particulièrement durs. Gardes à vue de pédophiles, arrestations de mineurs, interrogatoires de parents maltraitants. Les affaires sont forcément sordides. Et puis, il y a la brigade... Une unité soudée par les affaires, les drames. Qui partage un métier compliqué, et des moments intimes, forcément. Les pauses déjeuner, les fous rires au pire moment, ils connaissent. Et ils doivent tous les jours continuer à fonctionner, tout en sachant pertinemment qu'autour d'eux, le pire se joue encore.

Entre solidarité et ras-le-bol, entre blessures et amitiés, Maïwenn nous plonge au coeur de leurs vies.Pas de surprise, pas de « gros coups », mais juste une tranche de vie qui nous montre au mieux ce que peut être, justement, la vie des autres. Parce que bien sûr, ces histoires, pour si « ordinaires » qu'elles soient, prennent, grâce au focus de la caméra, un caractère extraordinaire. C'est la plus grande contradiction du cinéma-vérité : une caméra, par définition, est une réécriture du réel. Un paradoxe complètement accepté par Maïwenn, qui en a fait l'un des atouts majeurs de ses films, entre vrai et faux.

Si "Le bal des actrices" brouillait allégrement les pistes, ce "Polisse" joue plus facilement la carte de la fiction. Pour une raison simple ses flics sont des acteurs. Et quels acteurs. Une troupe, qu'elle a créée en les mobilisant tous, tous les jours, sur le plateau. À l'écran donc, entre autres, Karin Viard, Joeystarr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher, Emmanuelle Bercot, Jérémie Elkaïm et Maïwenn, bien sûr. Sur le papier, un groupe hétéroclite, qui devient vite cohérent. Tous mettent leur talent au service de ces histoires, montrant une belle complicité qui fait bien sûr tout le sel de ce film. Le plus fort ? On oublie très vite qu'ils ont déjà eu d'autres rôles, l'oeil neuf de Maïwenn fait des merveilles.

Grâce à un dispositif de mise en scène naturaliste, filmant à plusieurs caméras, elle se permet le luxe de pousser ses acteurs au plus juste. Elle entre dans leur intimité de jeu, prouvant s'il le fallait encore, son talent de directrice d'acteur et de metteur en scène. Tous le disent, face à elle impossible de truquer, de faire l'acteur. Ils sont. Policiers ou inculpés, enfants et adultes montrent leur vérité. Impossible alors pour le spectateur de ne pas entrer de plein pied dans ces histoires, de ne pas s'identifier. Lui aussi est en empathie. D'où le coup de poing, dont, étrangement, on ne sort pas meurtri, mais plein d'enthousiasme, rassuré quelque part qu'il existe des héros du quotidien de cet acabit. Une expression galvaudée, peut-être, mais parfaitement adaptée pour les personnages de ce film.

Auteure :Fadette Drouard
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