Critiques

Polisse : Formidable nébuleuse

Comme point de départ, il y avait donc un documentaire sur la Brigade des Mineurs (BPM). Maïwenn s'empare de ce sujet difficile pour écrire un script, aidée par Emmanuelle Bercot qui intègre également le casting du futur "Polisse".

Dans une brigade composée par dix protagonistes tous différents les uns des autres, elle filme le quotidien de la BPM, le malheur qu'ils écoutent sous toutes ses formes. Forte d'une documentation précise, Maïwenn s'empare de son sujet pour en faire un film social puissant. "Polisse" prend très largement des airs de documentaire, cette fois-ci sous l'angle du groupe. Un cinéma qui révèle encore un peu plus l'identité de Maïwenn. Elle avait déjà tourné caméra au point pour "Pardonnez-moi" en 2006, avant de mettre sur pied un faux-documentaire dans "Le bal des actrices" en 2009.

"Polisse" s'apparente donc à une sorte de patchwork. Une multitude d'histoires différentes, avec des protagonistes venus de tous les horizons pour n'oublier personne. Le tout bien collé, avec pour but de suivre le quotidien de la brigade. Les histoires en restent aux faits, la violence se cantonne aux mots. On n'en saura as plus sur les issues de ces histoires, ni sur les personnages qui en sont les acteurs. L'action n'évite pas les clichés sur les générations actuelles, notamment les jeunes filles des cités, et ne soulève que trop rarement l'ambigüité « qu'est-ce que la pédophilie dans les actes, dans l'esprit ? ». Le reste est déjà connu, parce que déjà évoquant avec le réalisme du documentaire. Tout cela n'est que prétexte pour raconter un quotidien, ou comment on passe d'un viol à une discussion sur la politique du gouvernement Sarkozy sur la sécurité et la police. La psychologie du viol, de la pédophilie, ou par extensions des mœurs pour mineurs, est une sorte de façade, un amoncellement de situations diverses (on comprend les difficultés au moment du montage, et les 150 heures de rushs).

Maïwenn met en avant les différentes émotions des brigadiers, des larmes à la colère, sans oublier le fou rire qui arrive dans une situation impensable. Elle filme l'exutoire avec réalisme et pertinence, et recueille un spectateur touché par le propos du film et ce feu d'artifice d'émotions. Si le portrait de cette « brigade des biberons », comme elle est surnommée dans le jargon professionnel, est aussi édifiant, c'est aussi grâce aux acteurs et à l'alchimie créée. Ces derniers réussissent à s'emparer des personnages écrits avec une précision d'orfèvre. Psychologiquement, ce sont des rôles difficiles à interpréter devant une caméra, et il ne fallait pas en faire plus, ne pas jouer la carte du paraître. On ressent particulièrement ce travail sur les personnages chez Karin Viard et Marina Foïs, On perçoit alors ce jeu tout en pulsions, énergique et parfois improvisé. Le script met en place un tableau de personnes, toutes avec des traits différents (patchwork je vous dis), de l'intello de la brigade (Jérémie Elkaïm) à l'incarnation de la musulmane moderne (Naidra Ayadi).

Le plus fort reste bien évidemment Fred (Joey Starr), celui qui exprime le plus ses émotions, avec un rôle écrit pour le rappeur, engagé et prenant. Sans oublier de mentionner le travail sur les enfants, qui jouent ici des rôles difficiles et réussissent à se les approprier d'une manière étonnante, à l'image du petit Ousmane enlevé à sa mère sans-abris qui ne veut pas l'emmener dans cette galère.

Auteur :Christopher Ramoné
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