6 décembre 2021
Critiques

Polisse : Un moment rare !

Depuis sa présentation à Cannes, les très bons échos de la critique d'alors et son prix du jury, "Polisse", le troisième long métrage de Maïwenn, était très attendu. Après un premier film très personnel et surprenant, "Pardonnez-moi" et un deuxième décalé, drôle, et par moment agaçant, "Le Bal des actrices", nous étions déjà surpris de retrouver "Polisse" en compétition officielle au Festival de Cannes. En effet, Maïween n'est pas vraiment une habituée des festivals et, ne fait pas partie du cercle des grands réalisateurs abonnés de ces rendez-vous prestigieux. C'est ainsi le genre de film auquel on a envie de se "frotter", qu'on a envie d'aimer, d'apprivoiser avec son sujet fort et son casting détonnant.

Maïwenn ose se frotter à un genre dans lequel excelle le cinéma français avec en particulier deux exemples forts : le "Police" de Pialat et le "L627" de Tavernier, ajoutons aussi plus récemment "Le Petit Lieutenant" de Beauvois. Ce coup-ci elle s'attaque à la Brigade de Protection des Mineurs, ceux qui enquêtent sur les victimes, ces enfants qui subissent des outrages tels que le viol, l'inceste, la pédophilie... en cela le film est très documenté, les acteurs ayant notamment passés plusieurs jours en immersion dans une brigade. Afin de ciseler son scénario elle s'est adjoint l'aide d'Emmanuelle Bercot , réalisatrice et scénariste notamment de, "La Puce", "Backstage", "Mes Chères études" et qui joue aussi le rôle d'une flic ("Sue Ellen", devinez pourquoi?!).

C'est ainsi un film très écrit qui sous ses effets de réels très fort, de cinéma vérité, laisse peu de places à l'improvisation. Ceux qui pour certains est un défaut, le casting rutilant, se transforme, si on se laisse emporter par la puissance de jeu, en qualité première du film.Il faudrait être de mauvaise foi pour nier le talent de directrice d'acteurs dont fait preuve Maïwenn pour "Polisse". Avec Joey Starr en tête les acteurs sont époustouflants, de justesse, d'énergie, de rage. C'est un grand film désorganisé, un grave et joyeux bordel à la fois (comme "L'Apollonide" de Bonello l'est littéralement), un film collectif qui a le mérite de faire la part belle au groupe plutôt qu'à l'individu. Il y a tout de même des personnages mis plus en avant, au travers des scènes "hors la brigade" et de séquences très marquantes, JoeyStarr donc ainsi que Marina Foïs, Karin Viard ou encore Frédéric Pierrot.

La réalisatrice aime ses acteurs, les poussent, les bousculent, ça se sent, ça se voit, et de ce fait on les aiment autant qu'elle, il se dégage une empathie incroyable de ses personnages. Ils sont tous souvent dans le même plan, aucun est sacrifié, on se souvient de toutes et tous et c'est un des grands mérites de ce film. C'est le genre de film dont on aime les imperfections car elles sont balayées par sa puissance propre: un sujet fort, des acteurs épatants, une écriture juste et nerveuse. Il y a dans "Polisse" des scènes qui à n'en pas douter vous bouleverserons, vous traumatiserons, vous poursuivrons.

Maïwenn réussie à trouver le bon dosage en s'échappant par instant d'un trop plein de réel, le générique sur l'air de la chanson "L'Île aux enfants" en est un exemple, de même que le titre avec cette jolie faute d'orthographe propre à l'enfance. Cette dernière est donc bafouée, violentée mais en fin de compte c'est surtout un film sur une bande d'adulte, l'enfance est un prétexte à dévoiler les failles et fêlures de ces petits soldats qui côtoient l'horreur au quotidien. L'idée ce cette photographe, interprétée par la réalisatrice, qui a pour mission de faire un reportage photo de la brigade, s'inscrit dans ce souci de parasiter le réel, car elle c'est nous, les spectateurs, qui découvrons cet univers fascinant, violent, touchant. Le récit du film est proche de la chronique, des scènes ressortent plus que d'autres, mais le tout est une indéniable fiction qui emporte tout sur son passage, en cela c'est un grand film qui jusqu'aux derniers plans vous collera au fauteuil.

Souhaitons à Maïwenn de confirmer avec ce film qui, par son ambition, ses moyens, sa puissance constitue un véritable tournant. Maintenant le plus compliqué sera de confirmer mais savourons déjà ce moment rare de cinéma.

Auteur :Loïc Arnaud
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