20 janvier 2021
Critiques

Poséidon : La critique

Précédé d’une réputation catastrophique et après avoir essuyé un sévère échec au box office américain, "Poséidon" débarque en France avec une odeur de souffre. Remake éponyme du classique de Ronald Neame, le nouveau film de Wolfgang Petersen bénéficie d’un budget considérable de 160 millions de dollars et du solide bagage technique de son réalisateur, spécialiste notamment des blockbusters estivaux ("Troie", "Air Force One"). Sur le papier, le metteur en scène allemand semble avoir toutes les cartes en main pour emballer un remake digne de ce nom d’autant qu’il n’en est pas à sa première catastrophe maritime. Les cinéphiles se souviendront en effet qu’il est également l’heureux réalisateur de "Das Boat" et "En Pleine Tempête", deux métrages généralement considérés comme des réussites. Pour ses détracteurs, Wolfgang Petersen est un réalisateur à bout de souffle qui a perdu toute inspiration en quittant son Allemagne natale : technicien sans âme ? Yes man à la solde des producteurs ? Peut être mais le cinéaste n’a pas perdu le sens du spectacle.

La première image de "Poséidon" (un long plan séquence virtuose qui balaie l’intégralité du navire) impose le respect et place d’emblée la barre très haut, du moins d’un point de vue technique. La suite ne démérite pas avec LA scène catastrophe du film : un gigantesque raz de marée qui pulvérise le géant des mers avec une facilité déconcertante. Monstrueuse, gargantuesque, époustouflante, cette courte séquence vaut à elle seule d’être vue sur grand écran pour son extraordinaire virtuosité technique. Le Dolby Digital hurle à la mort, les barrières du cinémascope explosent et les rétines du spectateurs ne savent plus où donner de la tête. Dans un maelstrom de décors gigantesques, d’effets spéciaux numériques remarquables et de scènes de destruction impeccablement réalisées, Petersen et son équipe reculent les barrières du spectaculaire en apportant une pierre de choix à l’édifice des grandes catastrophes représentées sur grand écran.

A partir de ce moment fatidique, le scénario de "Poséidon" reprend les grandes lignes de l’original en plongeant un échantillon de personnages dans des situations plus périlleuses les unes que les autres et qui seront autant d’occasion pour le chef décorateur de briller par son inventivité. Coursive inondée, couloir enflammé ou hall dévasté, chaque scène du navire impressionne par la richesse d’arrières plans où fourmillent des milliers de détails. Le budget titanesque de "Poséidon", version 2006, a ainsi permis de concrétiser tout ce la version des années 70 ne pouvait pas se payer à l’image de ce gigantesque décor inversé où des centaines de figurants se font happer par une vague destructrice. A ces aventures parfaitement distrayantes et spectaculaires viennent s’ajouter le petit jeu du « qui sera le prochain à y passer ? » qui faisait déjà l’intérêt du film de Ronald Neame. Sur ce point, le remake de Petersen est tout aussi sadique que l’original (les morts violentes sont nombreuses) même si le manque de profondeur des personnages empêche toute montée de l’intensité dramatique.

Le casting n’a en effet pas la même saveur que celui de 1972. La plupart des personnages renvoient pourtant à ceux de la version de Neame : Kurt Russell / Gene Hackman, Richard Dreyfuss / Red Buttons, Freddy Rodriguez / Roddy Mc Dowall. Mais ces derniers sont trop peu écrits et à peine présentés (la vague mortel percute le navire moins de 20 minutes après le début du film) et se limitent à quelques clichés sans saveur. Les personnages inédits (Emmy Rossum, Josh Lucas) n’apportent pas grand-chose si ce n’est une love story pénible et une dose d’héroïsme propre au cinéma catastrophe. Probablement conscient des limites du script, Petersen accélère le rythme de l’original et enchaîne les péripéties pour noyer le poisson. Ca fonctionne la plupart du temps même si quelques digressions entre Kurt Russell et sa fille frôlent carrément le comique involontaire. Au final, "Poséidon" ne mérite donc pas tant de haine. Même si il n’égale pas l’original signé Ronald Neame, le film de Wolfgang Petersen ne manque ni de morceaux de bravoure ni de vertus distrayantes. Il s’agit en tout cas d’un blockbuster spectaculaire qui remplit son contrat : en mettre plein la vue.

Auteur :Frédérick LanoyTous nos contenus sur "Poséidon" Toutes les critiques de "Frédérick Lanoy"

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