Archives Critiques

Pour une femme : Du vrai cinéma populaire et intelligent

Diane Kurys s'est, depuis toujours, nourri de son passé afin de construire une filmographie intimiste. Dès les premières images, photos personnelles et clichés tirés de ses longs métrages servent d'introduction à une histoire que l'on sent puisé dans les archives familiales ; la chanson d'Yves Simon qui accompagnait cette œuvre fondatrice, "Diabolo menthe" servant de madeleine de Proust.

Et si la carrière de la réalisatrice s'achevait sur un ultime retour aux sources avec "Pour Une Femme" ? Un vieux document trouvé dans l'héritage maternel et la machine aux souvenirs se met en branle. Sylvie Testud en clone de la cinéaste ? Riche idée : celle qui incarna naguère Françoise Sagan sous sa direction a des fulgurances qu'une compatriote lyonnaise ne pouvait qu'apprécier. Mais la vraie bonne et belle surprise du casting est incontestablement d'avoir complété la fratrie en offrant le rôle de la sœur à Julie Ferrier. La délicatesse de l'interprétation de l'humoriste est une divine révélation.

Comme souvent traumatisme de la Shoah, secrets enfouis, non-dits se mêlent avec en arrière-plan ce parti communiste dont l'illusoire attente messianique forgea une bonne partie de la conscience populaire française de l'après-guerre. La reconstitution de la vie quotidienne au sein d'une cellule de province est jubilatoire. Sans jamais tomber dans la caricature ou l'outrance, "Pour Une Femme" distille un réalisme de bon aloi. Même si l'on aurait aimé que l'acidité soit plus présente derrière le miel de la nostalgie. Denis Podalydes, le caméléon du septième Art, campe un secrétaire du Parti avec un sens de la nuance qui rend son travail de comédien absolument fascinant. A ses côtés, Clotilde Hesme prouve que les espoirs mis en elle sont en voie de confirmation.Mais sous la grande histoire se construit l'anecdotique.

Retrouver au-delà de ses parents, des êtres humains qui se sont aimés puis déchirés mais surtout ne se sont jamais vraiment compris, tel est le but que s'est fixé la réalisatrice. Mission réussie avec l'appui d'un trio d'acteurs (Nicolas Duvauchelle, Benoit Magimel, Mélanie Thierry) d'une justesse émouvante. Pas question d'établir de hiérarchie entre eux, inutile de jouer du bémol ou du dièse. Chacun exécute sa partition avec dextérité et leur complémentarité fait honneur à leur talent. 

Auteur :Régis Dulas
Tous nos contenus sur "Pour une femme" Toutes les critiques de "Régis Dulas"

ça peut vous interesser

Pour une femme : Une libération rouge

Rédaction

Rencontrez l’équipe du film Effacer l’historique

Rédaction

Une sirène à Paris : Son chant n’est pas séduisant

Rédaction