28 septembre 2021
Critiques

Premier Contact : Il frappe fort

Après avoir mis tout le monde à genoux avec ses thrillers "Prisoners", "Enemy" et "Sicario", Denis Villeneuve s'attaque cette fois-ci à la science-fiction avec "Premier Contact" (distribué par Sony Pictures). Douze vaisseaux s'installent à différents endroits du globe et c'est à la linguiste Louise Banks, jouée par Amy Adams, ainsi qu'au physicien Ian Donnelly, incarné par Jeremy Renner, de découvrir la raison de la venue des extraterrestres. De ce postulat de base très simple, Villeneuve tire une oeuvre de science-fiction aventureuse, cérébrale, sensorielle et qui évite le spectaculaire facile. Contournant la plupart des codes du film d'invasion, la première audace de "Premier Contact" vis-à-vis du genre dans lequel il s'inscrit sera d'illustrer l'arrivée des vaisseaux par le hors-champ et le son pour rendre encore plus impressionnante sa découverte " en chair et en os ". Son apparence va également à l'encontre de la plupart de nos références culturelles quant à la représentation d'un vaisseau spatial. De même, les extraterrestres évitent quasiment tout anthropomorphisme. Bref, on pourrait continuer longtemps à ce petit jeu qui consisterait à pointer les singularités de Premier Contact par rapport au genre mais elles montrent toutes à quel point il se démarque des films appartenant à ce dernier.

De plus, il s'agit d'un long-métrage dont il faut savoir le moins de choses précises avant de le voir, d'autant plus qu'il adopte un rythme très lent et entretient le plus possible le mystère tout au long de son heure quarante-neuf. La photographie grise de Bradford Young, efficace bien que loin de la virtuosité de Roger Deakins sur Prisoners" et "Sicario", et l'ambiance sonore minimaliste - Jóhann Jóhannsson est plus en retenue mais c'est parfaitement adapté - le rendent austère et exigeant mais contribuent surtout, en association avec le rythme précédemment évoqué, à créer une atmosphère lourde et hypnotique. Ce n'est certes pas très palpitant mais c'est suffisamment prenant pour que l'on s'accroche et que l'on cherche à trouver le fin mot de l'histoire. En plus de cela, Villeneuve sait nous déstabiliser lorsqu'il joue avec la gravité.


Sous ses aspects froids parfaitement maîtrisés, "Premier Contact" utilise très bien la science-fiction pour traiter de notre rapport à l'inconnu. Plutôt que de s'ouvrir à ce que nous ne comprenons pas, on reste sur la défensive, on panique voire on se montre hostile vis-à-vis de ce qui échappe à notre logique. C'est un peu ce qu'on peut éprouver au premier abord face à un film aussi difficile d'accès que celui-ci si on ne pousse pas plus loin notre réflexion, ce que les scientifiques incarnés par Amy Adams et Jeremy Renner nous rappellent qu'il est important de faire. A ce titre, avoir une linguiste comme personnage principal n'a rien d'une simple parure pour se donner l'air fin, ce dont le film n'a absolument pas besoin sachant son intelligence, mais permet de développer un réel propos sur l'importance du langage et la nécessité absolue de la communication au travers de scènes qui vont vous faire vous triturer les méninges. D'ailleurs, cela permet également à "Premier Contact" de conserver une part de son imprévisibilité au fur et à mesure que le voile du mystère se lève. En effet, non seulement il s'agit d'une langue qui n'a jamais été étudiée mais qui obéit en plus à sa propre syntaxe. Tout cela augmente le risque d'erreurs d'interprétation de manière considérable et on redoute toujours les conséquences d'une éventuelle traduction erronée.

Mais là où "Premier Contact" frappe le plus fort, c'est dans son vertigineux troisième acte qui repose sur un retournement de situation vraiment inattendu mais totalement cohérent et sans doute inédit. Si il est aussi puissant, c'est parce qu'il peut voire il doit être relié aux thématiques du film dans le sens où il joue très bien avec la grammaire du temps au cinéma. En bref, Villeneuve continue à stimuler ses spectateurs avec cette première incursion dans la science-fiction incroyablement intelligente, audacieuse et exigeante qui déstabilisera tout le monde mais qui saura se montrer particulièrement gratifiante pour tous ceux qui feront l'effort de relever le défi et, comme sa très solide héroïne, s'ouvriront à quelque chose de différent. On applaudit des deux mains un réalisateur qui continue à se refuser à servir à son public de la soupe et on croit en lui pour "Blade Runner 2049". Vas-y, Denis !

Auteur :Rayane MezioudTous nos contenus sur "Premier Contact" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

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