20 septembre 2021
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Présumé Coupable : Le choc !

"Présumé Coupable" (distribué par Mars Films) raconte la descente aux enfers d'Alain Marécaux, l'huissier de justice broyé par l'affaire d'Outreau. Un coup de poing. Un événement.

Voici un florilège d'avis des premiers spectateurs... Elle peine à trouver ses mots. « Excusez-moi, il faut que je m'en remette ». Anne assure « pourtant n'être pas sujette à la sensiblerie mais là... ». Nous sommes un soir de mai, à Tourcoing où le tout nouveau cinéma de l'espace Saint-Christophe vient de diffuser en avant-première "Présumé Coupable". Mère de trois jeunes enfants, Anne revient sur les premières images du film « déchirantes ». On y assiste à l'arrestation, une aube de novembre, d'Alain Marécaux, huissier de justice, sorti hébété de son lit par l'arrivée fracassante des policiers. Anne avoue « s'identifier ». Elle s'est « mise à la place de son épouse projetée dans un événement aussi inimaginable ». Son amie, Sylvaine, assistante sociale, parle avec plus de distance. « Peut-être parce que j'ai un regard plus professionnel. Quand il y a de telles suspicions de violences sexuelles sur des enfants, on peut comprendre que la police agisse sans trop de ménagement. » Ce qui l'a, en revanche, profondément bouleversée, c'est la descente aux enfers d'Alain Marécaux, joué par un Philippe Torreton « époustouflant de vérité ». « Je me souviens avoir suivi, comme tout le monde l'affaire d'Outreau et ses nombreux rebondissements mais là, on la vit de l'intérieur. C'est implacable pour expliquer comment la machine judiciaire peut vous broyer. »

Olivier, lui, est fonctionnaire. Il accuse le coup à la sortie du film. Le pouvoir d'identification du film est impressionnant. « On se dit que ça peut arriver à n'importe qui mais n'importe qui n'aurait pas eu la détermination d'Alain Marécaux quand il se lance dans sa grève de la faim ». Des images éprouvantes servies par un Philippe Torreton qui s'est infligé un amaigrissement spectaculaire (27 kilos) pour se glisser dans la peau meurtrie de l'huissier bafoué. « On sait qu'il s'en est sorti mais ce passage du film provoque un vrai malaise car on le sent vraiment sur le fil. Il en aurait fallu très peu pour qu'il en meure. Et aujourd'hui, il est là, debout. C'est impressionnant même si je me doute qu'il est marqué à vie », poursuit Olivier qui salue l'attitude de la production.

À la fin de la projection, Alain Marécaux a expliqué au public qu'il avait eu « un droit de vie ou de mort sur ce film ». À tout moment, il pouvait dire « stop ». « Ce qui veut dire qu'il se reconnaît dans le traitement cinématographique de son propre drame, ce qui n'était pas évident », estime Olivier que la pudeur d'Alain Marécaux a profondément touché. « Il dit sans dire, on devine et on a un sentiment d'effroi », reconnaît sa compagne Isabelle.

Martin, lui, n'avait pu se rendre à l'avant-première de mai. « J'ai fait des pieds et des mains pour y être cette fois », explique-t-il après avoir vu le film à Lille le 27 août. J'avais été passionné par cette affaire à l'époque. Par la manière dont les médias l'avaient traitée, avaient complètement changé d'attitude au cours du procès ». Étudiant en master de droit, il se voit avocat. « Défendre un homme comme Alain Marécaux dans un tel procès, ce serait un rêve pour moi. Le summum du métier ». Martin a regardé "Présumé Coupable" « avec un oeil de juriste au départ, enfin c'est dans cet état d'esprit que j'y suis allé mais, très vite, j'ai été pris par l'aspect purement humain. Et c'est bouleversant ». Il dit avoir apprécié « l'absence de pathos. C'est brut de décoffrage. Comme la vie. J'espère que tous les élèves magistrats et tous les futurs avocats iront le voir ».

Louise, son amie, étudiante en 6ème année de médecine, n'avait pas eu le même intérêt, à l'époque, pour l'affaire d'Outreau. « J'avais suivi d'un peu loin. Le film m'a retournée. En sortant, on est allés au resto et on n'a parlé que de ça avec Martin. Comment on se remet d'un drame pareil. Comment on s'endort le soir. Comment, même quand les années ont passé, on supporte le regard des autres ». De tout cela, il est arrivé à Alain Marécaux de s'expliquer. « Je l'ai vu à la télévision dire qu'il a pardonné à Myriam Badaoui (ndlr : sa principale accusatrice), parce qu'elle est malade. Il a été au fond du désespoir, sa vie a été ruinée et il est capable de lui pardonner ! ». Louise s'interroge sur elle-même. Le pourrait-elle ? Ce que "Présumé Coupable" ne dit pas appartient à cet homme aujourd'hui. Il y a une vie après Outreau. Avec ses douleurs irréparables. Pour lui comme pour ses propres enfants, victimes collatérales d'un carnage que ce film coup de poing laisse entrevoir. Même hurlant de vérité, on sait que le cinéma reste en deçà de la vraie vie. Et c'est aussi pour cela qu'on sort de "Présumé Coupable" aussi bouleversé.

Auteure :Fadette Drouard
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