28 septembre 2021
Critiques

Profession du père : Bluffant menteur !

Par Jérémy Joly

Jean-Pierre Améris est un réalisateur français que nous pouvons qualifier d’inclassable. Il est aussi bien capable de mettre en scène des comédies, par exemple "Une Famille à louer", qu’un drame, " C’est la vie". Dans "Les Émotifs Anonymes", il réunissait Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré dans une comédie romantique touchante. Il peut aussi bien travailler sur un scénario original que l’adaptation d’un roman de Victor Hugo, d’Émile Zola ou d’un auteur plus contemporain. Son cinéma amène toujours des sujets orignaux qu’il aborde avec une grande sincérité comme le prouve son téléfilm "Illettré".

Son nouveau long-métrage, "Profession du père", est l’adaptation d’un roman très personnel de Sorj Chalandon publié en 2015. Le film nous plonge à Lyon au début des années 60, où nous découvrons Émile, un garçon âgé de 12 ans. À ses yeux, son père est un héros. Ce dernier a fait tous les métiers : parachutiste, ceinture noire de judo, imprésario pour de grands chanteurs, conseiller personnel du Général de Gaulle ou encore espion. Cela ne facilite pas la tâche du jeune Émile qui doit remplir chaque année la case "Profession du père" à la rentrée des classes.

Le début de l’histoire est plutôt comique comme le laisse à penser l’affiche, avec ce père fantasque qui invente sa propre vie et emmène son fils dans ses farces. Mais l’action se déroule dans un contexte politique particulier, vers l’achèvement de la guerre d’Algérie. Le père confie alors une mission dangereuse à son fils : sauver l’indépendance de l’Algérie en assassinant Charles de Gaulle. À partir de ce moment, le long-métrage change de registre.

Avec une progression lente et réussie, "Profession du père" se transforme progressivement en drame. Le père qui semblait être un menteur excentrique cache en réalité un homme colérique, violent et toxique. L’ambiance du film devient pesante. Certaines scènes sont même parfois difficiles à regarder par leur dureté, sans pour autant tomber dans un pathos déplacé.

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Audrey Dana, Jules Lefebvre et Benoît Poelvoorde dans "Profession du père" - Copyright Caroline Bottaro
Seul Benoît Poelvoorde avait le talent nécessaire pour incarner ce père étrange et nous offre une interprétation extraordinaire. Il arrive à nous faire rire dans certaines scènes et à nous effrayer après avoir été inquiétant dans d’autres. Il réussit à ne jamais rendre ce personnage totalement méprisant. Il provoque même de temps en temps une certaine pitié. Il s’agit ensuite du deuxième long-métrage de Jules Lefebvre. Retenez bien ce nom, car vous allez sans doute en entendre parler dans les prochaines années. Il joue le jeune Émile avec un naturel étonnant et un regard brillant. Sa maturité lui permet d’être un partenaire à la hauteur face à Benoît Poelvoorde. Enfin, Audrey Dana est merveilleuse dans ce rôle un peu secondaire, mais tout à fait passionnant, celui de la mère qui assiste de façon impuissante aux frasques de son mari, n’osant pas intervenir au point d’être dans le déni.

La réalisation de Jean-Pierre Améris est fluide et efficace à la fois. Sa caméra est toujours à hauteur d’enfant. Il crée ainsi un visuel qui se rapproche plus de l’imaginaire que de la réalité avec, par exemple, une photographie particulière. En effet, le long-métrage est vu à travers les yeux du garçon. Certaines scènes semblent être sorties tout droit de l’imagination d’un enfant, ce qui renforce le côté énigmatique autour du père. Cependant, "Profession du père" ne prend aucune position, ne tranche jamais. Il ne défend ni l’un ni l’autre personnage, il se contente de simplement montrer le déchirement de ce triangle familial. Le film est également beau esthétiquement, avec des décors et des costumes qui nous replongent dans les années 60. La bande originale de Quentin Sirjacq est soignée, accentuant les émotions que dégagent les scènes.

"Profession du père" est un film qui aborde un sujet difficile avec beaucoup de prudence tout en restant en équilibre entre la comédie et la tragédie. Il est à voir aussi pour son casting qui offre à Benoît Poelvoorde un rôle à la hauteur de son talent et permet de découvrir Jules Lefebvre, un acteur fascinant.

Vous souhaitez en savoir ? Alors, profitez de notre rencontre avec le réalisateur Jean-Pierre Améris...


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