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Prometheus : Beaucoup de bruit pour rien.

1979, le public découvre une nouvelle saga  mêlant science-fiction, fantasme de la conquête de l'espace et résurrection d'un genre horrifique qui s'offre au passage ses lettres de noblesse. En signant "Alien", Ridley Scott réalisait un film culte qui allait marquer les générations, et dont les trois suites (bien que moins convaincantes) allaient être réalisées par des futures grands noms de la mise en scène (Cameron, Fincher et un certain Jeunet).

Scott a donc suivi de loin l'évolution de son beau bébé. Tout en gardant intérieurement l'envie de revenir aux fondamentaux. Car, finalement, les suites manquaient cruellement d'enjeux et n'effleuraient que du bout de l'objectif un semblant de thématiques intéressantes et d'explications quant aux origines. Elles se contentaient, avec plus ou moins de brio, de renforcer le mythe tout en gardant l'étroite structure d'"Alien" à base de courses-poursuites dans les couloirs de vaisseaux spatiaux avec des bestioles peu coopératives. Cameron exploitait ainsi un univers visuel qu'il réutilisera à de nombreuses reprises (notamment pour "Avatar"), Fincher débutait en conférant à son long métrage un penchant psychologique un poil plus recherché pendant que Jeunet allait tenter de donner un dernier souffle dans un quatrième épisode capilotracté. Bref, aucun n'avait réussi à insuffler quelque chose de neuf, n'arrivant guère au brio presque avant gardiste d‘"Alien", aussi bien pour l'image que les thématiques abordées.

Pour "Prometheus", force est de constater que Ridley Scott évolue à la fois sur deux niveaux. D'un côté, un certain, voire évident, penchant à la nostalgie. De l'autre, une perpétuelle quête de réponses à un univers assurément passionnant. Penchons-nous d'abord sur le premier niveau. À première vue, Scott utilise de nombreux ingrédients vus dans "Alien". Et cela dès l'annonce du titre "Prometheus", dévoilé de la même façon qu'"Alien". Ensuite, il suffit de regarder rapidement le panel de personnages : la femme battante, mère courage (Elizabeth Shaw campée par une excellente Noomi Rapace), le personnage-clé magnétique et mystérieux sous la forme du robot (dont le destin semble le poursuivre, ici joué par un étonnant Michael Fassbender) ou encore le scientifique venu pour remplir son compte en banque et le blackos de service, toujours là pour amuser la galerie et encore une fois utilisé d'une façon stratégique.

En dehors de ces personnages qui transpirent le déjà-vu, Scott n'exploitera pas plus de facettes, préférant se concentrer sur son scénario. De l'univers d'"Alien", Scott en prendra le meilleur. Il réitère le jeu de lumières qui faisait le charme du premier opus, joue sur les décors dédalesques du vaisseau Prometheus. Visuellement, c'est tout à fait splendide. Dès les premiers plans aériens, la caméra du réalisateur donne le ton. Ce sera beau, dantesque, sublime, sombre, à couper le souffle. La 3D vient sublimer cette superbe enveloppe renforcée par le puissant score apocalyptico-lunaire de Marc Streitenfeld ("Le Territoire des Loups"). Ridley Scott en profite d'ailleurs pour montrer que ce sont encore les plus vieux (Cameron, Scorsese, Spielberg, Wenders) qui utilisent les nouvelles technologies pour en tirer le meilleur. Il faut dire que pour "Prometheus", les moyens  sont là pour un somptueux univers retranscrit avec un réalisme décoiffant : près de 250 millions de dollars pour le budget de production (en sont exempts le budget promotion).

Le teasing autour du film mettait bien l'accent sur le visuel hallucinant couplé au mystérieux de l'histoire. Pourtant, ces mêmes premières scènes laissaient entendre une forme de rupture avec "Alien". En effet, les décors sont terrestres, alors que la saga "Alien" s'est toujours refusée à poser un pied sur notre sainte planète. Il reste pourtant difficile pour le spectateur, voire impossible, de s'enlever de la tête les nombreux rapprochements à faire avec le chef-d'oeuvre original. Au début du projet "Prometheus", Ridley Scott souhaitait s'orienter vers un prequel d'"Alien" avant d'en réfuter l'idée. Le cinéaste garde un élément de cet univers (le Space Jockey, un géant fossilisé très mystérieux qui apparaît dans le premier opus avant d'être éclipsé par les aliens destructeurs) et décide de créer ses propres tenants et les questions qui vont avec : qui est-il ? D'où vient-il ? Pourquoi, comment, grâce à qui et pour quelles conséquences ? Il confie l'ébauche de scénario faite par Jon Spaihts (le même qui a oeuvré pour le scénario de "The Darkest Hour") à Damon Lindelof, un type capable du plus alambiqué ("Lost") au plus farfelu ("Cowboys et envahisseurs"). Les idées y sont. Lindelof a réussi à convaincre Scott d'éviter le film prétentieux et utilise les bonnes idées de Spaihts – le questionnement sur notre existence, remise en cause du darwinisme, recherche d'un passé lointain.

En apparence, "Prometheus" contient plus d'enjeux que les quatre "Alien" réunis ! On pense crier au génie. C'est visuellement plus que bluffant, bourré d'enjeux aussi passionnant que divers. Puis le drame. "Prometheus" enchaîne les questionnements et ouvertures foireuses, multiplient les pistes, accumulent les longueurs, pire encore, les incohérences. Qu'on m'explique comment une femme venant de subir une césarienne plus que douloureuse arrive à enchaîner des sprints haletants avec une facilité aussi déconcertante ? En somme, l'ultime demi-heure vient lâcher sans vergogne l'épée de Damoclès qui menaçait "Prometheus" depuis le début. Le film aligne les références à "Alien" et à "Blade Runner". Ridley Scott se regarde et aime ça. Il exploite une nouvelle fois la piste Weyland, ce vieillard qui un jour, décida de se prendre pour Promethée et défia les dieux au risque d'éternellement se faire bouffer, comme dans la mythologique grecque.

Complexe, alambiqué et n'apportant surtout aucunes réponses ou avancées, "Prometheus" ouvre des pistes et ne referment rien derrière lui. En somme, un film-ouverture. Beaucoup de bruit pour rien. Alors, certes, si des suites viennent à être confirmées, cette nouvelle saga risque de s'annoncer passionnante à condition de ne pas verser dans le bavardage et le brassage de vent gratuit comme "Prometheus" semble le faire avec aisance.
Auteur :Christopher Ramoné
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