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Public Enemies : On n’y croit pas…

Michael Mann parvient tout juste à associer le fond à la forme. La forme, virtuose, se risque parfois à écraser les interprétations et les sentiments. Ensuite par contre, le film monte en puissance, remarquablement servi par la prestation de Johnny Depp, acteur aux talents indispensables. Les vingt premières minutes sont superficielles, car les acteurs semblent n'être que dans du vidéoclip, zappés qu'ils sont par la caméra nerveuse de Mann.

Le montage zappe trop, à mon goût, l'éclosion de l'histoire d'amour entre Dillinger et Billie Frechette : en clair c'est superficiel et semble arrangé pour mieux ménager la nervosité du scénario. Mais au change, on perd quelque chose. Michael Mann aurait bien fait, que de consacrer 15 minutes supplémentaires à ce couple, ne serait-ce que pour justifier les larmes qui viendront. Marion Cotillard joue donc les seconds rôles. "American Gangster" avait réussi là où "Public Enemies" réussit à peu près : combiner dans une même intrigue, le point de vue de l'homme à abattre et de celui qui le pourchasse.

Mais la comparaison s'arrête là : Michael Mann manque cruellement la reconstitution d'une ambiance « années 30 », là où Ridley Scott avait la chance de traiter d'une époque beaucoup plus proche de nous. M. Mann est en mode focus dès qu'il faut filmer un habitat, une rue ou un immeuble, cela empêche le spectateur de s'imprégner tout-à-fait du contexte.

Alors il va sans dire que sans un réalisme sentimental ni une reconstitution aboutie d'une ambiance, Michael Mann peut très bien se montrer virtuose derrière la caméra que cela ne fait que lui faire rattraper des points perdus. Éclosion de l'enquête scientifique, démonstration des nouvelles méthodes d'interrogatoires, armement lourd des agents : le FBI de Monsieur Hoover prenait son envol.

Ce côté historique sur Hoover et le FBI, né de la confrontation avec le grand banditisme et la contrebande, est très agréable à suivre, bien que tout soit clippé, comme saupoudré tout au long du film. De même, la vie de John Dillinger, le plus grand braqueur que l'Amérique n'ait jamais porté dans ces années de prohibition, est somme toute fascinante à suivre. Le personnage en vaut la chandelle. Et quand c'est Johnny Depp qui en est l'interprète, vous comprenez qu'un tel film, basé sur ce héros « noir », ne peut qu'être réussi. Même si je minore le rôle constructif de Michael Mann, dans la profondeur du film, il est évident que ses talents donnent un coup d'accélérateur dans bien des détails du scénario.

Le film séduit. Convainc-t-il ? "Public Enemies" peut laisser insensible, car de facture terriblement US : donnant la priorité au choc de l'image (notamment des séquences de fusillades sans noms, qui décidément continuent de démontrer que Mann est le spécialiste du genre), à la forme et au montage, il en oublie de se reposer un peu sur le talent de Christian Bale ou Johnny Depp. Dommage, car l'idée de leur confrontation ne reste qu'une idée. Les traits humains de ces deux personnages sont étouffés. Mais doit-il être considéré comme bon ? Pourquoi le combat mené par l'agent incarné par Christian Bale laisse-t-il insensible ? Pourquoi manque-t-il de réalisme dans l'histoire entre Dillinger et Frechette ? Et bien sûrement parce qu'à force d'user d'une caméra qui n'a rien de commun avec un œil humain, et bien on n'y croit plus.
Auteur :Frédéric Coulon
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