3 décembre 2020
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Punch Drunk Love : La critique

Prenez un réalisateur et un acteur complètement allumés, un personnage de film déjanté et mélangez le tout. Vous ne pouvez obtenir que de l'anormal, de l'exceptionnel qui décape. "Punch Drunk Love" est un élixir forcément atypique et savoureux comme on en avait pas goûté depuis longtemps, un philtre d'amour envoûtant. Paul Thomas Anderson, le réalisateur des surprenants "Boogie Nights" et "Magnolia", confirme être un des réalisateurs les plus talentueux du circuit indépendant américain.

Toujours ancrées dans l'Amérique de l'anti-paillettes, les histoires de P.T. Anderson, montrent, impitoyables, la face crasseuse, en tout cas peu reluisante, d'une frange de la population plombée par le système et étouffant sous le poids de la morale ambiante. Une Amérique bis dont Philip Seymour Hoffman, toujours effrayant et acteur phare chez Anderson, serait le reflet. S'ils sont parfois touchants, comme c'est ici le cas, ses " héros " sont souvent déstructurés, en borderline, même s'ils semblent se rendre compte, inconsciemment ou non, que décidément, quelque chose ne tourne pas rond dans la société américaine. Et c'est avec grande surprise que Anderson sort de son chapeau magique une des plus belles histoires d'amour du moment, avec la magnifique, sensuelle et troublante Emily Watson qui accompagne le cas clinique déjà cité, Adam Sandler.

Adam Sandler, spécialiste du one man show, ne s'était vu proposé que des rôles de faibles d'esprit (déjà) mais peu relevés, dans des films inconsistants, exception faite de Wedding Singer. Or, "Punch Drunk Love" ne serait pas ce qu'il est sans Adam Sandler, auteur d'une performance gigantesque. Après Mark Wahlberg (ex New Kids on the Block) dans "Boogie Nights", P.T. Anderson révèle enfin au cinéma un talent qui ne demandait qu'à ressortir. Adam Sandler donc, endosse parfaitement les habits de Barry, un homme castré par ses sœurs, complètement imprévisible, a priori limité intellectuellement, en tout cas vivant avec douleur dans ce monde et dans son monde.

Les habits de Barry, disais-je : d'abord, en portant ce costume bleu étrange, qui l'accompagnera tout au long de sa renaissance. Les habits de l'âme, ensuite, puisque Sandler est totalement dans son personnage : faible, brisé, parfois ultra-violent, Barry contient en lui une douleur latente qui peut exploser à tout moment. Dans la comédie et l'exubérance ou dans le drame et la retenue, Sandler excelle et fait vivre sous nos yeux un homme finalement touchant et poétique qui ne renonce pas à ses rêves.

Ainsi, autour de cet excellent duo, "Punch Drunk Love" peut passer de manière très habile du drame psychologique à la comédie romantique,. Aussi, contrairement aux films précédents, Anderson dépouille-t-il son image, comme le montrent ces décors de hangars ou ces couloirs sans fin, pour laisser ses acteurs phénoménaux remplir avec classe le vide spatial ou affectif. La caméra est fluide, la mise en scène incroyable et P.T.A. ne cesse de jouer sur le son et la lumière, créant la surprise et notre hébétement.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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