Critiques

Quai d’Orsay : Drôle et intelligent

Quand Bertrand Tavernier s'essaye à la comédie, il adapte la bande-dessinée de Christophe Blain et d'Abel Lanzac pour nous plonger au cœur du Ministère du Quai d'Orsay. Le cinéaste le fait avec une énergie parfaitement communicative et une volonté de mise en scène parfaitement en harmonie avec son sujet.

Première incursion dans la comédie de maître Tavernier, l'homme qui, en quelque 30 films, avait déjà investi tous les genres (sauf, curieusement, celui-ci) et "Quai d'Orsay" est un coup de génie. Le rythme est frénétique, s'accordant à la réalité de l'univers qu'il dépeint où tout peut tomber à n'importe quel moment et où il faut être prêt à réagir à tout instant.

On est dans la grande tradition théâtrale de la comédie à la française : Feydeau chez les politiques, entre les feuilles qui volent, les portes qui claquent, le tout est parfait. Les dialogues sont inventifs, intelligents, les répliques sont hilarantes. Entre la conférence du ministre sur l'art de stabiloter (on ne verra plus le stabilo jaune de la même façon désormais) et l'affection inexpliquée du Président de la République pour "l'ours cannelle", on se dit qu'on a vraiment été dirigés par des fous au début des années 2000. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ? A vous d'en juger...

Le casting est absolument délicieux jusque dans ces troisièmes rôles. On retiendra Niels Arestrup en chef de cabinet, gentil et diplomate. Toutefois, c'est à Thierry Lhermitte que revient la palme. Le voir gesticuler en permanence est totalement épuisant, mais tellement drôle et savoureux. Lhermitte trouve sans aucun doute le meilleur rôle de sa carrière en la personne de ce Ministre des Affaires Etrangères qui change toujours d'avis.

Raphaël Personnaz, qui démontre ici un réel talent, forme avec Anaïs Demoustier un beau couple. L'impressionnant nombre de secrétaires, sous-directeurs de cabinet, ou d'un sous-attaché sont campés par un casting impressionnant. Thierry Frémont et sa chanson paillarde; l'excellent Thomas Chabrol; le savoureux Bruno Raffaelli; Julie Gayet en élégante politicienne courtisane; etc. Quand aux simples participations de Jane Birkin, Sonia Rolland, Jean-Paul Farré, Didier Bezace ou encore François Perrot, elles sont tout simplement irrésistibles.

Toute cette bande de comédiens s'en tire plutôt haut la main et rend très crédible ce microcosme où le pourquoi et le comment sont loin d'être évidents. Si l'exercice est fréquent aux USA (comme avec l'excellent film de Brian De Palma, "Le Bûcher des Vanités" avec Tom Hanks et Bruce Willis), il est plus rare d'analyser et de faire rire avec la politique en France. Seul le film "La Conquête" de Xavier Durringer s'y était essayé récemment mais plutôt dans le registre de l'évocation.

"Quai d'Orsay" est donc bien loin des sempiternels clichés sur l'administration française, avec des personnes engagées dans un processus complexe aboutissant souvent à des prises de décisions difficiles et à des promesses plus qu'ardues à tenir. Bertrand Tavernier à, comme le dit si bien Alexandre Taillard de Worms, "enlevé le gras" de la comédie à la française.

Tacatacatac !! Un casting de qualité ! Tacatacatac !! Un film d'une grande efficacité ! Tachak Tchak Tchak Tchak Tchak !! Du cinéma drôle et intelligent !

Auteur :Christophe Colpaert
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