21 octobre 2020
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Quelques heures de printemps : La vie, l’amour, la mort

Qui mieux que Stéphane Brizé est capable de plonger ses spectateurs au plus profond des sentiments humains ? Après avoir ausculté dans "Mademoiselle Chambon", avec Sandrine Kiberlain dans le rôle-titre, l'échec inéluctable d'un amour impossible entre deux êtres que leur condition sociale et la différence de niveau culturel séparaient, il revient sur les écrans avec comme toile de fond son thème de prédilection, l'incommunicabilité entre les êtres. 

Le fils, Vincent Lindon, la mère, Hélène Vincent, madame Duquesnoy dans "La vie est un long fleuve tranquille", tous les deux piégés par les non-dits, cadenassés dans leur rigidité mentale, vont devoir parcourir ensemble un chemin ardu à deux, le suicide assisté de la vieille femme atteinte d'un mal létal, un cancer du cerveau. Si Vincent Lindon, déjà présent dans l'univers du metteur en scène, il interprétait le travailleur manuel dans "Mademoiselle Chambon", est la hauteur de son talent, toujours aussi juste quelle que soit l'incarnation réalisée, Hélène Vincent est la véritable belle surprise du film. Grande tragédienne de théâtre, les cinéphiles étaient peu habitués à la qualité de son travail sur grand écran. Se mettant ici constamment en danger, n'hésitant pas à dépasser ses élans de pudeur, l'actrice se met à nu, étalant les stigmates de la vieillesse et de la maladie avec courage et franchise. 

Refusant tout pathos, fouillant au plus près les corps et les visages, épurant son sujet (seule l'histoire sentimentale entre le fiston et une Emmanuelle Seigner confondante de naturel donne un peu d'air à ce tête à tête oppressant), le réalisateur distille son propos avec maestria. Portée par la musique de Nick Cave, celle-là même qui servit de bande originale au sublime "L'assassinat de Jessie James par le lâche Robert Ford", ce film subtil et profond restera dans les mémoires comme un grand moment de cinéma pudique et riche en émotions."Quelques heures de printemps" illuminera votre automne. 
Auteur :Régis Dulas
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