28 février 2020
Critiques

Quelques minutes après minuit : Connor & Le Maximonstre

On démarre 2017 très fort avec "Quelques Minutes Après Minuit"", drame fantastique réalisé par Juan Antonio Bayona qui confronte un préadolescent incarné par Lewis MacDougall à la mort imminente de sa mère souffrante interprétée par Felicity Jones au travers des interactions entre l'entourage du garçon et son imaginaire.

Depuis sa tournée des festivals en septembre dernier avec une première projection au festival de Toronto, le drame fantastique du metteur en scène derrière "L'Orphelinat" et "The Impossible" n'a cessé d'attiser le feu de la curiosité qui brûle avec ardeur en la plupart des cinéphiles : critiques plus qu'enthousiastes de la part des chanceux qui ont pu visionner le dernier long-métrage d'un des réalisateurs ibériques les plus plébiscités depuis que Guillermo Del Toro l'a pris sous son aile en produisant sa première oeuvre, carrière très fructueuse dans les salles ibériques l'ayant propulsé au sommet du box-office espagnol de 2016 tout comme sa précédente réalisation, il ne lui manquait plus qu'une moisson de nominations aux prochains Goyas pour confirmer que le réalisateur était sur le point de réaliser la passe de trois alors qu'il s'apprête à arpenter les sentiers tortueux de la superproduction hollywoodienne pour les besoins de "Jurassic World 2".

Cette adaptation du roman éponyme de Patrick Ness, auteur ayant transformé ses écrits pour les besoins du grand écran, aurait pu tenter de rendre hommage aux productions Amblin en essayant de reproduire l'esprit de ces films familiaux avec des enfants dans les rôles principaux tant les similitudes sont indéniables : conflits familiaux, place centrale accordée à l'imaginaire, confrontations avec des petites brutes à l'école... Ça aurait pu donner un résultat plus que satisfaisant comme en témoignent le très bon "Super 8" de J.J. Abrams et la formidable série des frères Duffer, "Stranger Things", mais Bayona choisit avec intelligence de se démarquer en se concentrant le plus possible sur la dimension dramatique de son sujet qu'il illustre de manière on ne peut plus sérieuse et réaliste.

C'est donc une aventure intérieure que vivra un marginal Conor, campé de manière bouleversante par un jeune acteur très prometteur, et ses interactions avec d'autres personnages ne seront que très rarement agréables pour lui. Brutalisé ou ignoré dans son collège, il ne peut trouver un refuge affectif qu'auprès de ses parents mais il devra pour cela passer au-delà des émotions négatives qu'il éprouvera vis-à-vis de chacun d'eux. A ce titre, sa relation avec sa grand-mère est l'une des plus importantes puisque c'est la plus difficile et donc celle qui le fera le plus évoluer. L'amour qui lie un parent et son enfant est abordé de manière d'autant plus bouleversante qu'il est montré de la manière la plus subtile possible alors que la composition toute en délicatesse et en discrétion de Fernando Velazquez appuie ce refus de tomber dans le pathos facile.

La prestation vocale de Liam Neeson fait des merveilles et les deux premières histoires racontées par le monstre sont d'une beauté et d'une poésie juste renversantes qui vient mettre à l'amende les trop visuellement standardisés films d'animation à très gros budget de ce vingt-et-unième siècle. Le fantastique s'est vêtu de ses plus belles parures pour nous rappeler l'importance et la puissance de l'imaginaire pour gérer les épreuves de la vie mais prend des atours plus complexes lorsqu'il montre l'imperfection de son personnage principal, jamais présenté comme un ange immaculé mais comme un véritable enfant en souffrance, et les erreurs qu'il peut commettre dans sa progression.

Bref, vous l'aurez compris, l'auteur de ces lignes est complètement acquis à la cause de son premier film de l'année qu'il considère comme supérieur à tout ce qu'il a pu voir en 2016 et qu'il vous encourage plus que vivement à découvrir en salles. En tout cas, ça faisait très longtemps qu'un morceau de pellicule n'avait pas réussi à lui tirer des larmes.

Auteur :Rayane Mézioud
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