28 janvier 2020
Critiques

Qu’un sang impur… : Un film audacieux

Par Jérémy Joly


Abdel Raouf Dafri est surtout connu pour ses talents incontestés de scénariste. On lui doit par exemple "Mesrine : L'Instinct de Mort" et sa suite "Mesrine : L'Ennemi public nº 1" de Jean-François Richet, "Un prophète" de Jacques Audiard (qui a remporté le César du meilleur scénario original), "Gibraltar" de Julien Leclercq et l'arc narratif des saisons 2, 3 et 4 de la série télévisée "Braquo". "Qu'un sang impur..." est sa première réalisation pour le cinéma et qui a pour thème la Guerre d'Algérie.

Alors qu'il n'est plus que l'ombre du guerrier qu'il était en Indochine, le colonel Paul Andreas Breitner se voit contraint de traverser une Algérie en guerre pour une mission suicidaire. Il part à la recherche du colonel Simon Delignières, porté disparu dans les Aurès Nemencha, une véritable poudrière aux mains des rebelles.

"Qu'un sang impur..." décide de rouvrir les plaies de la guerre d'Algérie, un sujet encore brûlant, peu exploité au cinéma, et dont finalement nous ne savons que peu de choses. On sent qu'Abdel Dafri Raouf maîtrise son sujet sur le bout des doigts, qu'il s'est documenté en s'appuyant massivement sur des témoignages et des ouvrages d'historiens.

Le scénario garde une certaine objectivité, il n'y a pas de gentils ou de méchants, puisqu'il a pour ambition de rendre aussi bien hommage aux algériens qu'aux jeunes soldats français. Abdel Raouf Dafri ne s'est pas contenté de raconter simplement une partie de la Guerre d'Algérie, il y a aussi une histoire passionnante sur les tragédies humaines.

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Johan Heldenbergh - Copyright Mars Films

Dès la première scène, "Qu'un sang impur..." nous plante l’atmosphère hostile qui perdura tout le long, avec une violence omniprésente. Abdel Raouf Dafri ose montrer les actes abominables perpétrés durant cette guerre, avec une grande froideur. La seule façon de l'éviter serait de fermer les yeux et se boucher les oreilles. Il aurait pu choisir de les suggérer en hors champs, rendant le film moins violent. Mais non, il a décidé de tout montrer aux spectateurs. Il est impossible pour ceux-ci de faire l'autruche et de nier ce qui s'est passé.

"Qu'un sang impur..." impose plusieurs qualités pour rendre cette atmosphère pesante et glaciale : une splendide photographie signée Michel Amathieu, une mise en scène soignée et enfin une musique, à la fois belle et grave, composée par Eric Neveux.

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Linh-Dan Pham - Copyrights Mars Films

A noter également une distribution convaincante : Johan Heldenbergh, par exemple, dans le rôle du colonel qui dirige cette mission. Steve Tientcheu, un acteur encore peu connu du public mais dont le talent finira par se remarquer, qui joue le rôle du sergent. Olivier Gourmet a droit à un petit rôle remarquable, celui du colonel Delignières. Enfin, Pierre Lottin, connu du grand public pour son rôle de Wilfried dans la trilogie "Les Tuche", nous prouve qu'il est capable de jouer un personnage sérieux en l'occurrence celui d'un jeune soldat transformé en machine à tuer par la guerre, dont le cerveau a été robotisé pour obéir aux ordres de ses supérieurs.

Ce film, avec son fond anti-colonialiste, rappelle ceux réalisés par Yves Boisset et Florent Emilio Siri ("R.A.S" et "L'Ennemi Intime"). On retrouve, enfin, dans le cinéma français de l'audace, des films qui ont le courage d'aborder des sujets difficile voire tabous, tout en restant accessibles pour un large public.

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